juin 21, 2024

Time » inclut Rene Silva, du Complexo do Alemão, dans la liste des leaders de la nouvelle génération.

RIO DE JANEIRO, RJ (FOLHAPRESS) – Cela devient déjà presque une routine agréable. Depuis 2011, Rene Silva accumule les prix et les distinctions de la part des médias du Brésil et du monde entier pour son travail au sein du journal (et de l’ONG) Voz das Comunidades. Cette fois-ci, la reconnaissance vient du magazine américain « Time », qui l’a inclus mardi 23 dans la liste mondiale des « Next Generation Leaders ».

La liste des lauréats comprend l’influenceuse américaine Drew Afualo, 27 ans – combattant la misogynie avec pour arme son compte Tik Tok, où elle compte 8 millions de followers -, l’activiste environnementale Sage Lenier, 24 ans, le DJ et producteur de musique argentin Bizarrap, parmi d’autres jeunes adultes qui font tourner la roue, soit un total de dix noms.

Le rapport comprend une vidéo d’un peu plus de trois minutes dans laquelle René parle de ses rêves, de ses réalisations et de ses aspirations et est considéré comme « l’un des militants et journalistes noirs les plus en vue au Brésil ». Selon le « Time », son influence aurait même un effet sur l’élection présidentielle. « Il a aidé Lula à gagner », souligne le texte.

René, 29 ans, sait pourquoi il fait partie de ce groupe. « Je pense que je suis devenu un leader parce que j’ai fini par inspirer et motiver d’autres personnes. Et aussi en regardant. Mon travail consiste à faire savoir aux personnes extérieures à la favela que notre réalité va bien au-delà du trafic de drogue, des morts, de la violence et de toutes les mauvaises choses que l’on montre toujours », explique-t-il au reportage.

Il est également conscient du pouvoir du travail qu’il a développé non seulement en tant que source d’information, mais aussi en tant qu’ONG. Il est également conscient de l’importance de sauver l’estime de soi des habitants du Complexo do Alemão – qui est désormais un peu plus glamour grâce au CPX imprimé sur la casquette qu’il a offerte au président Lula et à la première dame Janja. René a même fait les honneurs de la maison lorsque l’entourage du candidat de l’époque s’est rendu au Complexo l’année dernière.

C’est à René que des personnes désespérées ont téléphoné, au plus fort de la pandémie, pour demander de l’aide lorsque, sans emploi, elles voyaient le garde-manger vide. Le journaliste a tiré les ficelles et a réussi, avec des entreprises partenaires, à distribuer des couches, des vêtements, des bouchons d’essence, des sandales, des bouteilles de gel alcoolique et plus de 130 000 repas au cours des mois les plus critiques de 2020.

La vérité est que, lorsqu’il s’agit d’aider, il est sans cérémonie : il tend le téléphone et demande de l’aide à des amis influents comme Luciano Huck et Fabio Porchat. Tous deux ne se lassent pas de faire l’éloge du « bon gars » du journaliste et de l’influenceur. Et ils collaborent toujours d’une manière ou d’une autre.

La trajectoire admirable de René a commencé en 2005, lorsqu’il avait 11 ans et qu’il a créé le petit journal Voz das Comunidades, un tournant dans le journalisme communautaire. À ses débuts, il signalait les problèmes et proposait des solutions pour son quartier et l’école où il étudiait, à Morro do Adeus, l’une des 13 communautés qui composent le Complexo.

Le projet a acquis une visibilité internationale cinq ans plus tard, lorsque René, alors âgé de 17 ans, a couvert en temps réel l’intervention militaire cinématographique à Alemão, où il vit depuis sa naissance. Un ouragan, comme on dit dans le jargon journalistique.

Depuis, il a participé à des programmes télévisés, donné des conférences à TEDx pour des dirigeants de multinationales et des géants de la technologie, participé à des conférences au Brésil et à l’étranger. Il n’a pas cessé d’accumuler les récompenses, notamment celles de Forbes et du quotidien britannique The Guardian. En 2018, il a été inclus dans la liste des descendants africains les plus influents au monde, dans une sélection sanctionnée par l’ONU.

Tout cela est documenté dans un petit dossier tenu par Mme Nanci, 69 ans, la grand-mère de René. Elle possède déjà deux grands classeurs contenant les nouvelles publiées sur son petit-fils dans le monde entier. « Elle classe tous les reportages auxquels j’ai participé dans ma vie, les découpe soigneusement et les conserve avec le plus grand soin », dit-elle. Le grand-père, Luiz Claudio, 63 ans, manifeste sa fierté de manière plus expansive.

Technicien frigoriste à son compte, il a une clientèle aisée et quand on parle de sa famille, il en fait toute une histoire, dans le bon sens du terme. « Je suis là à travailler pour vous, mon petit-fils vit dans la favela, mais regardez comment ça se passe : il est sur la liste des hommes les plus influents du monde », ne manque-t-il jamais une occasion de le dire. Et qui ferait autrement ?