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Confessions du Président ! (par Mamadou Pathé BARRY)

Peuple de Guinée, Mes chers compatriotes, je me permets aujourd’hui de m’adresser à vous car j’ai trahi votre confiance, j’ai trahi mon serment de président, j’ai trahi la Constitution Guinéenne. Bref je voudrais me confesser devant vous et devant l’histoire.

En octobre 2010, vous m’avez investit de votre confiance pour présider la destinée de notre patrie la Guinée. Au terme d’un long combat de plusieurs décennies mené ensemble, nous avons réussi tous ensemble à instaurer la démocratie dans notre chère patrie la Guinée. Après donc un long processus électoral, vous m’avez porté à la tête de ce magnifique pays que nous chérissons tous. Les défis étaient nombreux et immenses. La tâche s’annonçait difficile et vous m’avez choisi pour l’accomplir avec l’aide de Dieu afin que la Guinée puisse revenir dans le concert des nations après plusieurs années d’absence.

Aujourd’hui, après plus de huit ans passés à la tête de l’Etat guinéen, je me confesse car je n’ai pas été à la hauteur de vos espérances. Durant ces dernières années passées à la magistrature suprême de notre nation, je me suis beaucoup plus comporté, agit en politicien plutôt qu’en dirigeant. Plutôt que de gouverner, j’ai continué à faire de la politique comme ça a toujours été le cas ces trois dernières décennies. Je ne me suis presque jamais préoccupé des aspirations de millions de compatriotes que vous êtes durant ces années d’exercice du pourvoir. Je me suis beaucoup plus enfoncés dans une partie de poker mentir, d’une part avec vous, et avec mes propres cadres d’autre part.

Aujourd’hui je me confesse parce que je suis votre président et que je vous suis redevable même si vous n’en avez vraiment pas conscience. En ma qualité d’élu du peuple, je suis comptable devant vous et l‘histoire. Je suis tenu obligé, mon équipe et moi, de travailler avec droiture afin d’apporter des solutions aux innombrables problèmes auxquels vous êtes confrontés. Mais malheureusement nous avons passé ces dernières années à nous amuser tels des écoliers dans la cour de récré.

Encore, une fois je me confesse et je plaide coupable.

Chers compatriotes, j’ai donc décidé de confesser mes péchés aujourd’hui et j’espère pouvoir bénéficier de votre clémence quand vous serez prêt à rendre la sentence. Quand j’ai décidé de me présenter aux élections présidentielles de 2010, j’étais animé d’une seule et unique volonté : Servir mon pays du mieux que je peux avec la détermination requise. Aujourd’hui, quand je prends du recul pour analyser la situation, examiner le parcours réalisé, je me rends compte que j’ai servi uniquement mes intérêts et ceux de dignitaires tapis dans l’ombre.

Dans mon livre Un Africain engagé « ce que je veux pour la Guinée », je décrivais que le problème de la guinée «n’est pas tant la corruption qui existe, à des degrés divers, dans beaucoup de pays y compris les démocraties occidentales. Le problème c’est l’impunité des corrompus et des corrupteurs, l’un n’allant pas sans l’autre. Chez nous, cette impunité était totale, à la base de l’Etat ». Qu’en est-il donc aujourd’hui ? La corruption était, sous les régimes précédents, artisanale et concernait surtout les fonds affectés à l’agriculture. Mais aujourd’hui, nous sommes dans un système scientifiquement élaboré et organisé de la corruption. Depuis mon avènement au pouvoir, la corruption a cessé d’être conjoncturelle pour devenir structurelle ; les pots-de-vin sont devenus les fondements des contrats de marché public. Par exemple, les pourcentages réclamés par les cadres de l’administration intervenants dans l’attribution des marchés publics équivalents au quart du marché. Ce qui met les entreprises dans une situation difficile avec à la clé, le bâclage des travaux qui perdent ainsi en qualité. Donc des investissements bidon.

Avec un budget quotidien de plus d’un milliard de francs guinéens, dont je me sers comme bon me semble, sans compter les rallonges que je me permets, ainsi que mes ministres et directeurs généraux, je continue à aggraver l’hémorragie financière dont est victime notre pays. Si le président, le premier ministre, sont corrompus, comment voulez-vous qu’ils s’actionnent ? Un adage malinké n’a-t-il pas dit que « les sorciers ne se dénoncent pas ?».

Si vous avez bonne mémoire, souvenez-vous de la cargaison de devises étrangères saisie à l’aéroport de Dakar en provenance de Conakry pour Dubaï. Souvenez-vous du cas récent de la disparition de plus de 20 millions de dollar américain à la Banque Centrale. Qui vous a parlé d’impunité. Après cinquante ans de lutte pour accéder au pouvoir, n’ai-je pas aussi acquis le droit de me servir comme l’ont fait mes prédécesseurs ? Je ne vous parle même pas de ce qui se passe dans le secteur minier depuis ma prise de pouvoir. Allez-y chercher.

Je vous avais promis de faire un audit de la gestion passée et poursuivre ceux qui ont détourné afin que les coupables soient punis pour que ceux qui arriveront aux commandes du pays ne reprennent les pratiques d’hier. N’avez-vous pas constaté que depuis 2011, je ne me suis entouré que de ces mêmes rapaces ? Quelques petits en sont même arrivés à se demander s’ils n’existaient pas d’autres cadres guinéens compétents pour assumer les mêmes charges. Pour sauver la face, j’ai placé comme argument, le décès de mon jeune frère qui j’estimais être la seule personne à connaître les cadres guinéens. Mais en réalité, le choix que j’ai fait n’avait nul autre but que de m’entourer de personnes rodées aux techniques de vols et de détournements sans attirer l’attention. Et je déclarais toujours que seuls les anciens premiers ministres étaient responsables de la gestion chaotique passée du pays. Ces accusations n’étaient motivés que par le fait qu’ils étaient mes opposants et qu’il fallait désigner un coupable.

Parlons éducation puisque ça fait actuellement la UNE dans le pays. Dans mon livre, je soutiens que l’«une des causes principales de la faiblesse du secteur de l’éducation en Guinée tient à la dévalorisation de la profession d’enseignant ». Qu’ai-je fait depuis ma prise de pouvoir pour améliorer la situation ? Plutôt que de m’atteler à solutionner les innombrables problèmes auxquels est confronté ce secteur, j’ai contribué à aggraver la situation en nommant des ministres médiocres qui donné le coup de grâce à ce secteur déjà à l’agonie. Les dernières crises qui ont syndicales en sont de parfaites illustrations. Ce que je dis de l’éducation vaut pour plusieurs autres secteurs comme la Santé, la Sécurité, la Justice, j’en passe.

J’ai longtemps soutenu que notre seule chance de réussite tient en trois mots : Volonté, Imagination et Dignité. Mais aujourd’hui je dois vous avouer que » J’ai manqué de Volonté pour mener une politique réaliste et cohérente. Je n’ai fait preuve d’imagination que dans mes jeux politiques et l’élaboration de techniques de vol tout cela a contribué à déshonorer d’avantage le peuple de Guinée. Donc pour résumer, je pense que je ne suis plus digne de votre confiance ».

Mamadou Pathé Barry, journaliste et citoyen engagé

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