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Exploitation des forêts de Diecké et de Ziama: Marie-Madeleine Dioubaté réagit

Après la signature d’un accord d’exploitation des forêts classées de Diecké (Yomou) et Ziama (Macenta), des voix se sont élevées et continuent de s’élever pour dénoncer ce protocole d’accord. Marie-Madeleine Dioubaté, experte en développement et candidate du parti des Écologistes de Guinée (PEG) a elle aussi réagit à cette décision.

« Je souhaiterais réagir par rapport à la signature du nouveau protocole d’accord entre le gouvernement et la société Forêt Forte concernant l’exploitation des forêts primaires de Ziama et de Diécké.

Tout d’abord qu’est-ce qu’une forêt primaire ?

Une forêt primaire appelée aussi forêt vierge est une forêt n’ayant jamais été exploitée, détruite, fragmentée ou manifestement influencée par l’homme (Wikipedia).

Elles (forêts) abritent une grande richesse écologique composée d’une centaine d’espèces de mammifères, d’oiseaux, de milliers d’espèces végétales et d’espèces d’insectes.

Les forêts primaires de ZIAMA et de DIECKE sont des forêts humides et elles ne sont pas importantes uniquement pour la Guinée, elles sont importantes pour l’écosystème global de la planète car elles fournissent un habitat pour de nombreuses plantes et de nombreux animaux. Elles aident à stabiliser le climat mondial.

Elles protègent contre les inondations, la sécheresse, et l’érosion du sol, elles sont des sources de médicaments et de nourriture, elles sont des lieux touristiques.

Il faut donc que le gouvernement, à travers le Ministère de l’environnement soit sensible à la destruction de nos forêts primaires, à la disparition d’espèces végétales et animales car une fois que l’exploitation de la forêt commence, le processus est irréversible.

Le gouvernement devrait donc être le premier à s’émouvoir de la disparition de la bio diversité et des effets du changement climatique liés à l’exploitation de nos forêts primaires. Les forêts primaires de Ziama et de Diécké ne se reconstitueront jamais lorsque l’habitat des animaux qui y vivent aura disparu. C’est déjà ce que nous constatons en sillonnant la Guinée, on ne voit plus de singes, plus de petits gibiers à plus forte raison de gros gibiers.

Aujourd’hui, c’est le gouvernement qui est en train de provoquer la dégradation de la nature, ce gouvernement sait qu’il ne sera pas en mesure de réparer ce qu’il aura détruit et il sait également que certains changements seront irréversibles. Qu’adviendra-t-il des générations futures ?

Nous savons comment ont été attribués ces permis forestiers à la Société Forêt Forte. Il s’agit toujours de contrats de gré à gré suivant une logique clientéliste bien établie car certains anciens membres du gouvernement et de nouveaux membres du gouvernement y ont des intérêts personnels.

Cette situation a permis le développement de la Société Forêt Forte qui peut agir en toute impunité avec l’aval du gouvernement. Elle peut ainsi étendre son champ d’action puisque les redevances de superficie sont très basses voire inexistantes (l’instauration de nouvelles taxes plus justes comme par exemple les taxes au déboisement pourraient alimenter le fonds forestier) et exploiter nos forêts en prélevant les essences les plus rémunératrices, une fois de plus avec la complicité de certaines personnalités.

Ceci a conduit à une surexploitation de certaines essences comme le Siroko, le teck, les bois rouges comme l’acajou, le Sipo ou les autres bois clairs conduisant à un processus de déforestation visible aujourd’hui dans tout le pays qui accentue l’érosion des sols, l’érosion de la diversité biologique avec des risques de raréfactions de certaines essences comme par exemple le bois de teck.

L’exploitation irrationnelle de nos forêts s’accompagne également d’un fort gaspillage du bois. De nombreux arbres sont ainsi détruits pour en récolter un seul. Le gaspillage du bois est visible dans le processus de transformation tel qu’il est pratiqué en Guinée, on utilise ainsi souvent plus de 3 mètres cube de grume pour produire 1 mètre cube de bois.

L’Etat, au lieu de participer à la dégradation de l’environnement et à la mauvaise gestion de nos ressources naturelles et minérales devrait plutôt adopter des politiques de défense de l’environnement. Les forêts primaires sont importantes pour l’humanité, nous devons en être les gardiens. C’est un patrimoine qui ne nous appartient pas, il appartient à l’humanité. Tout comme nous sommes de passage sur terre, nous louons la terre pour le temps de vie qui nous est alloué et nous devons ensuite la laisser en bon état à nos descendants, c’est l’héritage intact que nous devons leur laisser.

L’Etat devrait renforcer le nouveau code forestier Guinéen adopté le 17 avril 2017, il y a des améliorations  notamment en ce qui concerne l’introduction des articles (article 192); relatifs  à l’obligation de remplacer, en bois équivalent en quantité et en qualité, toute superficie forestière défrichée ou déboisée ainsi que l’introduction de catégories de permis de coupe (bois d’œuvre et d’industrie, bois énergie) et de catégories de licences d’exploitation et de valorisation des produits forestiers non ligneux d’origine végétale (art 122).

L’Etat a effectivement pris des mesures contre l’exportation abusive du bois, mais en réalité l’exportation du bois se fait sans contrôle par certains canaux proches des milieux politiques. Il a permis la constitution de forêts communautaires par le biais d’associations, mais il faut faire attention aux plantations d’arbres à croissance rapide qui se déracinent très facilement au moindre coup de vent.

En revanche, les rubriques concernant la protection de l’environnement restent en désaccord avec les normes internationales admises dans le secteur.

La Guinée, à l’instar du Cameroun devrait jouer le rôle de précurseur dans la sous-région avec une série de réformes inédites comme par exemple le principe de l’adjudication (attribution des concessions forestières sur appel d’offre et fixation du montant de la redevance annuelle de superficie), la limitation de l’exportation des grumes.

Le recours aux associations internationales spécialisées pour surveiller l’exploitation forestière si on veut de la transparence, et bien sûr la présence d’un ou plusieurs observateurs indépendants pour apprécier le niveau de transparence des appels d’offres.

Enfin, il faut distinguer les forêts classées, les forêts protégées et les forêts de productions permanentes où les entreprises auront le droit de couper le bois. Il faut mettre en place un cadastre forestier pour constituer une banque de données permettant au Ministère de l’Environnement d’élaborer la politique forestière sur la base d’informations fiables.

De plus, la législation forestière toute récente n’est guère en mesure d’être appliquée par un État défaillant dont certains membres ne pensent qu’à s’enrichir.

Enfin, les niveaux élevés de corruption et l’implication personnelle fréquente du milieu politique et administratif dans l’économie forestière minent les systèmes de régulation mis en place.

Les jeunes de la région forestières ont donc raison de s’inquiéter de la décision de l’Etat d’autoriser l’exploitations des forêts de Ziama et Diecké. L’environnement, le climat et l’emploi ne sont pas leurs préoccupations, seuls les bénéfices qu’ils tireront de l’exploitation des arbres de ces forêts primaires les intéressent ».

Marie-Madeleine Dioubaté

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