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Tibou Kamara recommande aux institutions républicaines « s’affranchir de la « tutelle », de l’exécutif.

Tibou Kamara, ministre d’état, conseiller à la présidence de la république a reconnu les progrès réalisés par le gouvernement guinéen en termes de paix, durant l’année écoulée. Dans cet entretien accordé à nos confrères de la radio espace fm, Tibou Kamara recommande aux institutions républicaines de jouer pleinement leur rôle, en s’affranchissant de la « tutelle », de l’exécutif.

Qu’est-ce qu’on peut retenir côté gouvernance de cette année 2017 ?

Moi, je pense qu’en 2017, il y a quand même assez de progrès qui ont été faits par notre pays. Déjà, il faut se féliciter du climat de paix qui a régné et dont chaque guinéen est fier, et nous souhaitons que ce climat perdure puisque sans paix, sans stabilité politique et sociale aucun progrès n’est possible. C’est d’ailleurs, la difficulté que nous avons. Le pays souvent est confronté, le chef d’Etat l’a dit dans son discours à la nation, il y a des manifestations, il est vrai lié à des revendications qui sont parfois légitimes, d’autres le sont moins. Puisqu’il y a des mouvements divers, malheureusement dans ces manifestations,  mais dans tous les cas, c’est un mauvais signal dans un pays qui est régulièrement un cycle ininterrompu des manifestations. Vu de l’extérieur, ça ne rassure pas, de l’intérieur ça ralenti l’activité économique.

Donc le premier défi que nous avons, c’est de garantir la paix dans notre pays afin que chacun puisse s’épanouir, de cette paix qui a régné en 2017. Il faut souhaiter qu’elle se poursuive en 2018. Sur le plan international, nous avons eu quand même une présidence de l’Union africaine qui a été assez flamboyante, qui a permis à notre pays de s’affirmer davantage sur l’échiquier international. Et de faire entendre davantage la voix de l’Afrique parce que vous l’avez remarqué, aujourd’hui de plus en plus la voix de l’Afrique, elle compte. Les Africains parlent d’une seule et unique voix, revendique à plus d’égalité dans les relations internationales, plus de dignité pour nos peuples. Vous avez vu par exemple.

Ça, c’est beaucoup plus, en grande partie grâce à Alpha Condé ?

Je peux vous dire que sa présence a été une présence de rupture, avec ce qu’on a connu dans le passé avec l’Union africaine, puisqu’il a affirmé un leadership africain qui est aujourd’hui reconnu. Vous avez vu à Ouagadougou, le président Macron l’a cité. Puisqu’à la veille de ce grand discours, il avait rencontré notre Président qui lui a expliqué un peu ce qu’est  la nouvelle Afrique. Ce qu’est le nouveau leadership africain, ce qu’est la nouvelle mentalité africaine, qui est celle d’un continent qui a envie d’avoir des rapports d’égalité avec les autres continents et, dont les dirigeants ont envie de compter davantage dans la décision au niveau international.

Parlant de ce bilan, vous avez parlé d’un certain nombre de points sur le plan de l’économie. Par exemple, on a vu que le pouvoir d’achat des Guinéens a baissé, comment est-ce que vous expliquez cela.

Je pense que le Président de la République lui-même reconnait que malgré les performances qu’il y a eu sur le plan économique, qu’il y a un effort à faire sur la qualité de vie des populations. C’est pourquoi l’autonomisation des femmes, la promotion de l’emploi jeune est une préoccupation essentielle et d’ailleurs vous savez que l’Union africaine a indiqué comme priorité d’investir dans la jeunesse. Et en tant que Président sortant de l’Union africaine, il a même indiqué vouloir donner l’exemple en faisant des investissements massifs en faveur des jeunes.

Il y a quand même une réalité aujourd’hui qui est celle d’un pays qui est confronté au pouvoir d’achat, la qualité de la vie. Il y a une demande sociale qui est très forte à laquelle il faut adresser une réponse concrète pour que justement l’embellie que nous connaissons aussi bien que sur le plan diplomatique que de la croissance économique ne soit pas une illusion ou une désillusion aux yeux de beaucoup de Guinéens. Donc après avoir fait l’économie à grande échelle, il faut aller maintenant à l’économie concrète, qui permettra d’améliorer le panier de la ménagère et donc d’indiquer plus clairement que le pays a fait du progrès.

Sur ce plan-plan, qu’avez-vous fait concrètement en faveur, notamment du secteur privé ?

De toutes les façons, dans tous les pays, il y a ce qu’on appelle la préférence nationale, et le chef l’a dit aussi, si vous vous rappelez au cours de la conférence de presse. Au lendemain des intentions et des promesses, des engagements de financement que nous avons eu de la Chine, a dit qu’il fallait par exemple que les entreprises chinoises qui auraient l’intention de s’installer en Guinée, ouvrent leurs capitaux à des Guinéens pour que des entreprises locales effectivement participent à cet élan que la Chine va donner à notre économie. Et aussi en ce qui concerne les entreprises minières, vous savez là aussi ça été mal interprété mais c’était une volonté politique toujours d’aller dans le sens d’impliquer les entreprises locales et plus loin même les entreprises du tiroir à la création de richesse dans les zones économiques.

A Boké par exemple, le Président a souhaité que les ressortissants de Boké bénéficient dans le cadre du contenu local de la mise en place d’entreprise ou d’activité économique pour générer des revenus et pour contribuer à la lutte contre la pauvreté. Donc, vous avez parfaitement raison. Que pour créer la richesse dans le pays, il faut régler la dette extérieure. De ce point de vue, il y a un audit récemment qui a été fait pour évaluer cette dette et y faire face puisqu’on ne peut pas créer la richesse en appauvrissant l’entreprenariat local ou les entreprises locales.

Pour faire face à l’économie réelle et ce qui n’a pas été le cas, ce qui n’a pas été le fort de votre gouvernance.

Non ! On est parfaitement d’accord. Qu’il faut comme je dis privilégier l’entreprenariat local et désintéresser les entreprises. Mais c’était nécessaire aussi de se rendre compte que ces créances sont établies parce que vous quand même en Guinée aussi, si c’est vrai, il y a des entreprises qui ont des créances établies, il y a aussi beaucoup de fausses créances. On a connu cela dans le passé.  Donc, il faut aussi tout en rendant le service aux entreprises locales par rapport à leurs prestations et s’assurer que la créance est établie et que l’argent public n’est pas gaspillé.

Dans ce vaste progrès qui a été fait donc en 2017, il y a quand même des secteurs qui ont été dans la grisaille. Je veux parler du secteur de l’éducation.

Moi, je pense d’abord que c’est la vocation des dirigeants de prendre la pleine mesure des problèmes et de trouver des solutions. Moi, ce que je regrette personnellement, c’est toujours d’apporter de solutions. Une fois que les problèmes sont posés, il faut avoir le sens quand même de l’anticipation et un engagement à résoudre les crises. Parce que de toutes les façons que ce soit avant, pendant ou après la crise, une fois qu’un problème est posé, il faut nécessairement trouver la solution. Ce qui est arrivé récemment dans le secteur de l’éducation, c’est déplorable dans la mesure où la grève n’a été spontanée et on l’a laissé un peu se développer et pendant des jours et des jours avec des conséquences  malheureuses aussi bien pour le système éducatif que pour la paix sociale dans le pays. Il faut que des personnes que le Président commet à la tâche ou à qui, il confie des responsabilités prennent à pleine mesure des problèmes et trouvent des solutions.

Vous pensez que sur le coup, le ministre K au carré, s’est défoncé, il s’est loupé, en termes de responsabilité. Le premier concerné, c’est le ministre K au carré qui, dès le début, a qualifié cette grève de sauvage, d’illégale. Vous pensez que c’est une mauvaise posture qu’il a prise dès le début ?

Moi, je n’ai pas l’habitude la langue du bois sur beaucoup de crises qu’on a connues. Il faut avoir l’honnêteté intellectuelle et morale. Il faut reconnaitre que le gouvernement a failli en plusieurs endroits et à beaucoup d’occasions. Ce qui explique, malheureusement, l’implication très souvent personnelle du Chef de l’Etat dans la résolution des crises. Parce que le Président de la République n’est pas un acteur direct ou quotidien. Tout au plus, c’est un recours mais le fait que le Président s’implique très souvent dans la résolution des crises, il sort au-devant de la scène, montre quand même les limites du gouvernement.

Mais est-ce que cette façon, ce n’est pas une stratégie de tout ramener à Sékhoutouréya ?

Le Président de la République, je peux vous le redire aujourd’hui, a confié une responsabilisé à chacun. D’ailleurs, si vous l’avez remarqué, il n’intervient que lorsque la situation semble compliquée ou bloquée. Le Président de la République s’implique dans la résolution de la crise. Il a toujours demandé à tous ses collaborateurs de faire avec beaucoup de scrupules le travail qu’il leur a confié. C’est ma conviction de toujours, c’est lui qui est élu, c’est lui qui a des comptes à rendre aujourd’hui et demain.

Vous avez remarqué d’ailleurs qu’à chaque fois qu’un ministre est débarqué du gouvernement, il n’est plus solidaire du bilan du régime ou ne manifeste plus une loyauté à l’endroit du Président de la République. Mais le Président de la république, quelle que soit la situation, quelles que soient les circonstances, est obligé d’assumer le bilan qu’il aura passé au pouvoir et obligé d’être comptable de son régime. C’est le seul qui ne pourra pas se désolidariser de son bilan et de l’histoire du régime. Tous les autres, selon les circonstances peuvent dire qu’ils y étaient ou n’y étaient pas, peuvent se montrer solidaire du bilan ou non.

D’ailleurs, on n’attend même pas la fin du régime. Une fois qu’on perd la responsabilité généralement, on se désolidarise et on devient le plus virulent critique du régime. C’est dire que le Président est totalement dans son rôle. Lorsqu’il estime, c’est l’impasse d’intervenir parce qu’en dernier ressort, c’est lui qui sera jugé et c’est lui qui est comptable de l’action publique et même de la stabilité du pays.

La grève d’Aboubacar Soumah et compagnie, est-ce qu’on peut dire que le Premier ministre comme à son habitude s’est totalement loupé là-dessus ?

Moi, je ne voudrais pas intervenir si vous voulez personnaliser le problème.

Ne le personnalisez pas, parlez alors de l’institution.

Moi, je sais que quand même dans la constitution, il est clairement dit que le Premier ministre est responsable du dialogue social et il a la confiance pleine et entière du Chef de l’Etat pour conduire la politique du gouvernement. Et tous les  ministres d’abord travaillent sous la coordination du Premier ministre et ensuite sous l’autorité du chef de l’Etat. Donc, je pense que si bien pour les problèmes que le pays connait que pour les solutions que les citoyens attendent, il a un rôle central. Maintenant, on peut juger comme on veut son action ou sa réaction face aux problèmes qui se posent au pays mais moi, je constate et comme tant d’autres citoyens que dans beaucoup de domaines, il y a des efforts à fournir davantage et que face aux crises, on a souvent pêché soit par improvisation ou par insuffisance. Et c’est ce qui conduit ce pays dans des crises artificielles et des tensions inutiles parfois.

Est-ce qu’il y aura un nouveau Premier ministre pour l’année 2018 ?

Ce n’est pas à moi  de décider qu’il y ait un nouveau Premier ministre ou un nouveau gouvernement. C’est un des attributs essentiels du Chef de l’Etat. Changer de premier ministre ou de ministre relève de l’autorité et du pouvoir discrétionnaire du Chef de l’Etat. Je ne pourrai donc pas à sa place décider d’un changement d’un Premier ministre ou de gouvernement ni lui imposer un agenda par rapport à cela.

Si on vous consulte, qu’est-ce que vous ferez ?

Ce que je constate, c’est que beaucoup de Guinéens souhaiterait quelles que soient la forme et la démarche qu’il y ait un nouveau souffle dans l’action gouvernementale, qu’il y ait une meilleure qualité de la gouvernance parce que aujourd’hui on a des défis qui sont essentiels. Il y a l’impunité, il y a l’insécurité, il y a la lutte contre la corruption. Il y a cette réponse qu’il faut donner à une demande sociale de plus en plus forte, notamment au niveau des jeunes et des femmes du pays.

Tout cela suppose qu’il y ait plus d’engagement, quel que soit le gouvernement qu’il y ait de détermination et aussi qu’il y ait plus de motivation dans l’action publique de manière à servir l’intérêt supérieur du pays.

Ce qui veut dire qu’il y a besoin de changer de gouvernement et pourquoi ?

C’est au Président d’apprécier si tout cela peut être fait avec l’actuel gouvernement ou si c’est à avec un notre gouvernement. Moi, je pense qu’il faut faire confiance au jugement du Président de la République qui est à l’écoute de son peuple et de l’opinion. Ce qui fait d’ailleurs un Président extrêmement accessible et puisqu’il est ouvert sur les sociétés d’ailleurs même plus qu’il ne faut parfois, il écoute tout le monde. Il reçoit le message de tout le monde, il est au contact de l’opinion publique. Et je suis convaincu de cela. Il a retenu qui lui permettra de prendre les meilleures décisions pour le pays.

Est-ce que le Président de la République n’est pas un tout petit peu maniaque du contrôle ?

Moi, je pense qu’on est dans une démocratie dans la mesure où quand même aujourd’hui, il y a une diversité d’opinions dans le pays. Des élections quoi qu’on en pense se tiennent quand même assez régulièrement.

Pas régulièrement M. le ministre ?

Je dis qu’on a un calendrier et un cycle électoral.

Mais qui n’est pas respecté monsieur le ministre ?

Je vous dis qu’il se tienne de plus en plus régulièrement et que de toutes les façons ce qui est important, c’est que les échéances finissent toujours par arriver et avant qu’elle n’arrive. Il y a toujours une solution consensuelle qui permet justement d’attendre dans la patience et la retenue qu’elle arrive parce que nous sommes encore dans l’apprentissage de la démocratie. Tout ne peut pas être rose et parfait à ce stade d’apprentissage qui quand même, il faut reconnaître parfois est très laborieux parce que nous sommes dans une mutation entre une société monolithique et une société ouverte. Au-delà même des échéances, il y a même de réflexe et les habitudes qui résistent aux changements et qui font qu’on avancement au rythme que nous souhaitons.

Mais de toutes les façons ce qui est le plus important, c’est que c’est un processus irréversible qui est en cours et qui aboutira à cette démocratie vivante et vivace que chacun de nous souhaite. Je pense qu’au niveau des institutions, même si elles sont mises en place, il faut souhaiter qu’elles soient dirigées par des personnalités de poigne qui ont un sens élevé du devoir, de l’honneur et qui vont s’acquitter de leurs obligations. Et cela n’appartient pas au Chef de l’Etat. Je vais vous donner un exemple. Vous avez vu par exemple au niveau du Nigéria lorsque les élections avec Good Luck ont été organisées, il a fallu le courage du président de la commission électorale et de son patriotisme pour qu’on parvienne non seulement à un scrutin apaisé, mais l’alternance qu’on a vue au Nigéria malgré les pressions qui existent dans tout le contexte du pouvoir et dans tout contexte de démocratie.

Donc, ce n’est pas de mettre en place des institutions. C’est de le faire animer par des hommes qui ont un certain caractère pour prendre pleinement conscience de leur devoir et de pouvoir s’en acquitter. Moi, je pense qu’il ne faut pas justement d’un côté souhaiter la démocratie avec la mise en place des institutions et de l’autre côté demander un interventionnisme ou mouvement dirigisme du Chef de l’Etat.

Monsieur le ministre, il y a quand même une chose, vous pensez par exemple qu’une institution qui peine à obtenir son budget comme dans le cas de la HAC, vous pensez que Martine Condé devrait porter sur elle la responsabilité de ce manque de budget qui ne lui est pas fourni ?

Je pense que c’est un faux débat dans la mesure où le budget des institutions est inscrit dans la loi de finances.

Oui mais s’ils ne sont pas débloqués ?

Les budgets des institutions sont inscrits dans la loi des finances. Et une loi s’impose à chacun et à tous. Et il appartient au président et aux chefs d’institutions de faire en sorte de disposer des moyens de remplir la mission qui lui a été confiée, d’autant que c’est régi par une loi. Justement, c’est ça la défaillance. Le bon vouloir de quelqu’un, quel qu’il soit par ailleurs alors que c’est un droit qui vous ait reconnu et que la loi fait obligation de remplir ce droit. Moi, je pense que c’est un peu « d’irresponsabilité » parce que moi, mes droits surtout lorsqu’ils sont constitutionnels, je n’attendrais pas quelqu’un pour me les donner ou pour revendiquer.

Une synthèse d’Alpha Amadou Diallo (L’Indépendant)

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