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‘’Pays de merde’’ : « Trump a tort sur la forme, mais il a raison sur le fond… » (Par Dr Kissi Keïta)

Les réactions à peau de fleur dont font preuve malheureusement les Haïtiens et les Africains du sud du Sahara à chaque fois que la vérité leur est dite sur leurs pays, devrait plutôt céder la place au pragmatisme. Depuis la déclaration du président DONALD TRUMP, qui qualifie les pays Africains, d’Haïti et autres de merde, les condamnations et cris s’enchaînent de partout ! On s’en prend plutôt à la forme qu’au fond du mot ! Cela est vrai que d’un point de vue du formalisme diplomatique, c’est plutôt déplacé pour un chef d’Etat étranger, ou même une personne bien élevée, de ne pas envelopper la parole quand on s’adresse aux autres, surtout quand il s’agit des Nations.
Mais plutôt que de s’en tenir à la sémantique diplomatique, cela n’est-t-il pas mieux pour les Haïtiens et Africains du sud du Sahara, d’adopter une approche plutôt scientifique en faisant pour les premiers, le bilan politique et économique de 213 ans d’indépendance, et les seconds le même exercice pour plus d’un demi-siècle de souveraineté, afin de dire si Oui ou NON les termes employés par le président TRUMP n’ont rien avoir avec les réalités de leurs pays ?

L’indépendance politique d’Haïti a été proclamée le 1 Janvier 1804. L’Afrique Sub-saharienne, à l’exception des anciennes colonies portugaise et l’ancienne Rhodésie, a recouvert son indépendance politique et économique, à partir de 1847 pour le Liberia, 1957 pour le Ghana, 1958 pour la Guinée, et en moyenne, 1960 pour les pays de l’UEMOA et Madagascar. Or l’acquisition des indépendances politiques, notamment en Afrique Sub-saharienne et à Haïti, a été galvanisée sous fond de slogans nationalistes de liberté et de promesses d’offrir à tous les anciens opprimés de la colonisation et l’esclavage, le relatif mieux être concernant la nourriture, la santé, le système éducatif, l’emploi rémunérateur, l’habitat, l’environnement décents, la sécurité, la liberté d’expression et d’associations, la fin du tribalisme et de la corruption, j’en passe !
La question est donc celle-ci : la déclaration de TRUMP est-elle en contradiction flagrante avec les résultats issus de ses promesses citées à l’indépendance pour qu’elle puisse susciter de notre part indignation et colère ? Pour répondre à la question dans une démarche impartiale, interrogeons la situation politique, économique et sociale de l’Afrique sub-saharienne et d’Haïti.

En effet, les cinquante dernières années en Afrique sub-saharienne et à Haïti, a été tellement marquée par les épisodes macabres libérés du contrôle de la raison humaine, qu’on ne se trompera nullement en disant que le Rubicon a été franchi dans ces deux parties du monde, dans le désenchantement et la déchéance humaine. Toute la vie politique à Haïti et en Afrique sub-saharienne a été marquée par la trilogie frénétique faite d’assassinats gratuits d’opposants politiques ou supposés l’être, du culte de la médiocrité et de la parenté, de la gabegie financière et la perte de temps. La situation est d’autant surréaliste en Afrique et à Haïti que pour les acteurs politiques dans ces pays, engagés à ne pas dégueuler la bouillie, ce n’est nullement une sinécure d’arracher une âme  de l’affection des siens. A la microscopie de cette réalité amère, on en arrive à deux échantillons de constats qui frisent la révolte et le ridicule : d’un côté des classes dirigeantes en place incapables de trancher le nœud gordien que constitue les élections transparentes et inclusives qui sauvegardent la paix, le progrès social, l’investissement financier étranger, pris en otage par l’incompétence, le favoritisme et le clientélisme ; de l’autre côté, des partis politiques communautaires dits ironiquement Républicains, minés par la soif de vengeance, l’amateurisme, la guerre d’ego, les relents tribalistes, plongés dans une suspension délibérée de l’incrédulité, et qui n’en ont cure des victimes innocentes de leurs actes irresponsables, uniquement pour arriver à leurs fins, qui est celles du détournement du dénier public une fois au perchoir national.

Sur le plan économique, en dépit des discours optimistes de la Banque mondiale, du FMI, de la BAD et les banques centrales sur l’amélioration de la situation macroéconomique globale en Afrique sub-saharienne, accrochés sur l’hypothétique croissance économique qui ne porte pas en réalité sur les productions domestiques mais sur les gros investissements miniers, la situation est mauvaise notamment en ce qui concerne l’industrie, les coûts de la vie dont le panier de la ménagère, le service de la dette interne et extérieure,…Auparavant, certaines malfaçons sur le plan économique en Afrique sub-saharienne et à Haïti, ont fini par boucler la boucle. A titre d’exemples sommaires, à la mort d’Omar Bongo le 8 Juin 2009, ‘MEDIAPART’ lui attribuait une fortune personnelle de 300 milliards de FCFA qu’il a léguée à ses héritiers, alors qu’à la même année, le Gabon croupissait sous le poids d’une dette publique de 1368 milliards de FCFA. Lorsque DUVALIER quittait le pouvoir en 1986 à Port-au-Prince, sa fortune personnelle s’élevait à 900 millions de dollars Américains, alors qu’à la même année, son pays l’Haïti se noyait sous le poids d’une dette publique de 750 millions de dollars. A ces histoires sommaires de corruption qui ont gangréné l’économie dans ses deux parties du monde, on peut y associer le dossier sulfureux de France-Afrique avec ses ‘ Yénbés ’ bourrés de dollars et autres pierres précieuses en partance pour l’Elysée et Quai d’Orsay, à chaque vol nocturne de l’ancienne SABENA et d’air France !

Sur le plan social, la situation est marquée par les drames insoutenables aux larges de la méditerranée avec plus de 5.000 morts selon la dépêche du 26 octobre 2016 du Figaro.  Les crises nutritionnelles et alimentaires dans les pays du Sahel et la corne de l’Afrique, affectent plus de 1,2 millions de personnes selon l’UE. Auparavant, la famine et ses émeutes ont fait 200 blessés et 5 morts à Haïti en 2008. Autres questions sociales non résolues demeurent : l’urbanisation anarchique, la question épineuse de la gestion des ordures ménagères, d’exode rural, d’habitats décents, sur fond des contestations sociales intempestives pour manque d’électricité, d’eau potable, de denrées alimentaires,…Au chapelet de ces problèmes sociaux non adressés, il faut y associer le manque d’emploi et la dépendance économique des jeunes à leurs parents, les ravages du Paludisme, VIH/SIDA, l’émergence des maladies meurtrières de l’enfant,…En 213 ans d’indépendance politique pour le HAITI et 60 années en moyenne pour les pays de l’Afrique Sub-saharienne, les seuls éléments qu’on trouve en abondance sur le plan social sont les prostituées occasionnelles bon marché entachées dans les bidonvilles, les ordures, les malades mentaux, et les chiens enragés errant dans les rues dont la présence de gêne personne outre mesure !
Au total, c’est le statu quo ou la merde ! Que TRUMP arrive à une telle conclusion qui correspond à la réalité quotidienne que nous vivons chaque jour en Afrique Sub-saharienne et à HAITI, pour quoi celle-ci doit-elle nous choquer ? Si les Africains du Sud du Sahara et les Haïtiens continuent de nier l’évidence qu’ils ne vivent pas dans la merde, alors qu’aucune promesse issue de leurs longues périodes d’indépendances politiques n’a été jusque-là tenue même à 5%, et qu’elles ne sont même pas en voie d’être tenues compte de la situation mauvaise actuelle qu’ils subissent, ils risquent fort de donner raison à l’écrivain ivoirien Ahmadou Kourouma qui dit ceci dans son livre Les Soleils des indépendances : « En réalité, l’indépendance Africaine n’a pu accoucher que des bâtards,… « 

Par Dr Kissi Keita/Chef de bureau

UNFPA N’Zérékoré.

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