mercredi 14 novembre 2018
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Bah Oury annonce son soutien aux candidatures indépendantes

Amadou Oury Bah, vice-président, contesté de l’Union des forces démocratiques de Guinée (Ufdg), a, dans un entretien accordé à la radio privée City-Fm, dans son émission A vous de convaincre, du dimanche 17 décembre, annoncé son soutien à des candidatures indépendantes, lors des élections communales du 04 février 2018. 

L’Afrique a été, il y a quelques semaines, confrontée à une réalité qui a rappelé bien des souvenirs tragiques que ce continent à connus, notamment l’esclavage, puisqu’on a vu des marchés aux enchères où des africains noirs sont proposés par des trafiquants à des groupes qui les utilisent le plus souvent dans des champs où beaucoup sont carrément réduits en esclavage en Libye. Et vous, on vous a vu à Paris prendre part à une manifestation qui visait à assurer davantage l’attention de l’opinion internationale sur la catastrophe qui se déroule en Libye, sous les yeux impuissants des dirigeants du monde ? Bah Oury: C’est vrai, c’est une tragédie qui se déroule sous nos yeux, depuis presque deux ans, il y a eu des alertes, malheureusement c’était passé presque inaperçu parfois à cause de l’indifférence ou bien parce que les médias internationaux ne se sont pas polarisés sur la situation dramatique d’immigrants aussi bien dans le Sahara qu’en Libye même. Bien entendu y a eu des séries de reportages tragiques sur la méditerranée sur des enfants qui se noyaient. Bon, le monde est fortement ému par rapport à la situation des jeunes qui sont réduits en esclavage en Libye. Donc c’était pour moi à l’appel de Claudy Siar qui a contribué à mobiliser une foule importante de la diaspora africaine à Paris, de manifester pour alerter et attirer l’attention de l’opinion internationale sur ce qui est en train de se passer en Libye. C’était pour moi un devoir parce que je me sens directement concerné, nous avons beaucoup de compatriotes qui sont concernés et qui sont victimes de cette situation, donc étant à Paris c’était important de s’associer à cette manifestation.

On a vu l’UA qui s’est émue et a plutôt jeté la pierre à l’UE, par rapport au traitement des migrants en Libye, quelle a été votre lecture de cette réaction de nos dirigeants ? 

Bon, je pense que la réponse que nous pouvons donner, c’est la réponse du président ghanéen M. Nana Akufo-Addo, lors de la visite de Macron à Accra, il y a moins de deux semaines. Qu’est-ce qu’a dit le président ghanéen ? Il a dit:  » la responsabilité première de la situation des migrants c’est  la responsabilité des dirigeants africains  ».

Nous n’avons pas à chaque fois, à trouver le bouc émissaire, ailleurs. Nous avons notre propre responsabilité. Il a rappelé à juste titre qu’à l’indépendance en 1960, des pays comme le Ghana et tant d’autres avaient le même niveau de développement économique en termes de produit intérieur brut (Pib), que des pays comme la Corée du sud, le Singapour et ailleurs. Et aujourd’hui, ces pays constituent les pays parmi les plus riches du monde, et nous, nous sommes toujours dans des situations de pays les moins avancés. Donc la responsabilité c’est nos dirigeants, la responsabilité c’est nos élites, et nous devons d’abord assumer cette responsabilité. On ne peut pas régler un problème lorsqu’on ne reconnaît pas ses tares et ses propres fautes, si on dit toujours la faute, c’est l’autre, c’est l’autre, on n’est pas prêt en réalité à corriger les tirs. L’UA doit mettre l’accent sur les dynamiques internes sur la gouvernance locale, sur l’appauvrissement des populations, sur des stratégies économiques qui se sont révélées désastreuses, qui ont mis sur le banc de touche des millions de jeunes africains qui ont perdu des perspectives, et qui pensent que aller ailleurs peut-être la solution mais malheureusement tel n’est pas le cas.

Quand vous parlez de stratégie économique qui ont failli, là, disons, vous ne pointez pas du doigt le FMI ? 

Le FMI a une responsabilité, mais vous voyez, quelqu’un ne doit pas penser à votre place. Quand on est confronté à un problème, prenons le problème par nous-mêmes d’abord et pour nous-mêmes, à partir de-là, on peut avoir des propositions de stratégie qu’on peut opposer à d’autres propositions qui peuvent venir de l’extérieur. Vers les années 90, Il y avait justement une réunion qui a été convoquée à Libreville par le groupe FMI-Banque mondiale, pour demander aux dirigeants africains, aux élites africaines, développez votre propre expertise nationale, développez vos perspectives internes pour proposer des solutions à vos situations qui permettraient au FMI et à la Banque mondiale de s’ajuster et d’apporter une innovation dans les démarches. Des pays comme les pays de l’Asie du sud-est, comme la Malaisie ont refusé les politiques d’ajustement structurel qui leur ont été proposés dans les années 90, suite à la crise financière que ces pays avaient connue et ces pays s’en sont bien tirés. Mais nous, les politiques d’ajustement structurel, de dégression du rôle de l’Etat, d’abandon des secteurs socio-vitaux, comme l’éducation, la santé, libéralisation à outrance n’ont pas fait prospérer l’équité ni la prospérité, au contraire ça a accentué le déséquilibre et la pauvreté, et nous sommes jusqu’à présent en train de subir ces conséquences. Qui est responsable ? Lorsque je dis, je suis souverain, je ne dois pas à chaque fois demander à l’autre de me montrer le chemin qui peut faire le bonheur de mon peuple, il faut que je trouve les ressorts internes et intellectuels dans une dynamique de concertation, de large diffusion des idées, de prise en compte des réalités, sans se mentir soi-même.

Vous parlez des faillites des politiques économiques, ce qui nous amène à parler de la situation socio-économique de notre pays, les Guinéens s’interrogent sur la légèreté du panier de la ménagère, puisqu’on a l’impression que tant le gouvernement se prévaut d’avoir des réformes macroéconomiques, autant les Guinéens se plaignent encore d’un mal vivre presque chronique? 

Pour ceux qui ont économistes, vous savez pour inverser la courbe de la pauvreté dans un pays par exemple notre pays la Guinée, nous avons une progression démographique de l’ordre de 3% annuellement. Pour inverser la courbe de la pauvreté, il faudrait que nous fassions un taux de croissance économique, au minimum trois fois le taux de croissance démographique, et cela ce n’est pas de manière ponctuelle, il faut que ça soit dans la durée, par exemple pour que les Guinéens puissent se sentir mieux et que les collectivités nationales puissent s’enrichir et voir cela concrètement. Dans le premier paramètre c’est d’avoir un taux de croissance à deux chiffres dans une période régulière qui va aller au-delà de six, sept, huit, neuf ans. Donc une politique stable continue qui permet d’avoir ce taux de croissance à deux chiffres, un. Deuxièmement, y a la répartition des richesses au niveau de la population qui doit là aussi être équilibrée par une fiscalité adéquate, par des mesures sociales qui puissent permettre à ce que la richesse ne soit pas concentrée entre quelques mains, mais que ça soit diffusé au niveau de l’ensemble de la société. Ça, c’est le minimum. Et pour cela que faut-il faire ? Par exemple j’ai une vieille bagnole, ça tourne, chaque fois qu’il y a une panne j’essaye de changer la pièce pour que ça tourne. La voiture peut, si l’entretien est fait régulièrement, tenir pendant un bon bout de temps, et à la longue, ça devient obsolète. La voiture n’est plus à l’état  moderne.

Dès qu’elle part quelque part, ça fait clin clin, partout et ça c’est le maintien de ce que nous voyons ici dans notre pays. Il faut une réforme drastique en profondeur qui remette en cause l’Etat actuel.

La loi de finances vient d’être votée, mais est-ce qu’il y a fondamentalement une réforme de la structure et des modalités de confection de ce budget. Je crois que chaque année pour beaucoup d’aspects de ligne budgétaire, on reconduit les marges liées à l’inflation, ce qui existait auparavant alors qu’en réalité ça ne correspond absolument à rien du tout. La volonté gouvernementale de créer des activités nouvelles, d’impulser le secteur privé, d’aller dans l’élargissement de ma base fiscale ne s’est pas retrouvée. Je salue bien entendu les efforts du ministre du Budget qui essaye dans des secteurs bien précis de moderniser la collecte des ressources publiques, par exemple cette année ils ont réussi un système relativement simple que les taxes sur les véhicules soit payées directement au niveau des systèmes bancaires et je pense que ça leur a permis d’engrenage des ressources supplémentaires qui sont sans commune mesure avec cette méthode de l’autre côté. La confection des passeports biométriques, là aussi y a eu une modernisation et une rationalisation du principe qui fait que de ce point de vue y a des gains. Beaucoup d’autres secteurs auraient pu être rapidement mis dans cette dynamique.

On a vu que vous n’avez pas souhaitez, selon les informations qu’on a eues, en 2013 faire partie de la liste de candidature de l’UFDG aux élections législatives, certains auraient pu penser que ces élections communales auraient pu vous permettre de vous porter candidat pourquoi pas à Ratoma parce que finalement si vous n’êtes pas député, notre expertise peut servir par exemple à faire évoluer les choses au niveau communal. Avez-vous pensez à cela ou vous avez d’autres viseurs supérieurs à une mairie? 

Non je veux être clair, il y a une nouvelle génération qui est en place. Mon rôle avec l’expérience accumulée, c’est de leur transmettre l’expérience que j’ai eue et leur montrer que c’est maintenant qu’eux ils doivent être là où nous n’avons pas pu être du fait d’une gouvernance globale du pays lorsque nous avions leur âge. Je le souhaite alors ils ont à peine 30 ans d’avoir d’expérience de gérer des communes, ça les permettra dans les années à venir d’aller plus loin, de construire un pays plus stable parce que je crois ceux  qui peuvent unir la Guinée ce sont les jeunes de Guinée qui ont dépassé le clivage ethnique et les antagonismes féodaux. Moi je suis comme l’entraîneur qui coache des équipes, j’ai du monde autour de moi, je les mets à l’étrier pour qu’ils fassent leur expérience et je serais à côté d’eux pour leur dire il faut qu’on fasse comme ça, il faut corriger tels tirs, et au bout c’est une nouvelle génération politique, une nouvelle classe politique qu’on est en train de faire émerger.

Qu’en dites-vous, certains disent que la page Bah Oury est tournée mais Bah Oury est toujours présent, vous vous sentez présent parce que pour vous, à différents niveaux du parti il y a certains qui épousent votre vision et vos idéaux?

Bien entendu c’est clair, je ne suis pas comme celui qui instrumentalise des gens, je n’ai pas d’argent à donner à quelqu’un pour dire je te donne mais tu es avec moi. Des gens croient en Bah Oury, croient en ce que je dis, à sa vision dans ce pays et je crois que c’est ce qui est plus important parce que je crois le rôle en leadership, ce n’est pas autre chose que par l’autorité morale, intellectuelle qu’on dégage et qu’ils font que d’autres acceptent de se mettre sous la cellule de cette autorité et de ce point de vue je suis le leader de l’UFDG, que ça plaise ou que ça déplaise à certains.

Je vous ai suivi dire que vous accompagnez des listes indépendantes dans certaines communes notamment celle de Ratoma alors que le parti dont vous revendiquez le leader, a des candidats sous les couleurs de l’UFDG, est-ce que soutenir des candidatures indépendantes ne serait pas une façon d’affaiblir l’UFDG ? 

La question est pertinente, je suis pour une majorité d’idées positives pour gouverner la Guinée. Je ne souhaite pas que certains considèrent la politique comme étant une possibilité pour venir s’enrichir, appauvrir les citoyens, mettre des politiques autocratiques et qu’on soit toujours dans la pauvreté. Je veux des gens qui s’investissent pour rendre service aux populations et aujourd’hui même un candidat du RPG qui épouse une vision positive de la société, qui s’investit pour le pays, je le préfère qu’à un autre candidat qui pourrait être de l’UFDG qui apparaît comme quelqu’un qui est là uniquement pour se remplir les poches et qui ne se soucie pas des intérêts des populations. Nous devons dépasser les anciens clivages et le processus est en train de faire ressortir ce changement qualitatif et indispensable. Moi je suis entouré par des gens venus de différents bords et qui estiment que cette démarche que nous suivons correspond à la démarche dont le pays a besoin. Y a d’autres qui étaient auparavant des militants de longue date de partis politiques qui se retrouvent au niveau de la mouvance présidentielle, d’autres mêmes qui étaient responsables du RPG et qui sont avec moi aujourd’hui. On salue juste cela pour montrer que demain que ce sera pratiquement des gens qui ont une démarche constructive que nous souhaitions qui prospèrent un peu partout et c’est ça le nouveau cycle politique qui est en train d’émerger. Ce ne sera pas comme l’ancien cycle où venir en politique c’est venir tous les privilèges pour soi et le reste pour les autres. C’est une autre démarche qui doit permettre à la population de se sentir comme étant le principal centre d’intérêt avec des questions précises  »que devons-nous faire pour la population ?  » Faire des routes, creuser des puits et construire des écoles, il faut que les gens se mettent sérieusement au travail au lieu de venir, je suis le chef, je remplis mes poches et après quiconque bouge on le flingue et enfin de compte ça reste en l’état, ce temps est révolu, la Guinée va changer et la Guinée est en train de changer de ce point de vue.

Ya une alliance de partis politiques dirigée par Dr Saliou Bela Diallo, on trouve des partis dont les leaders sont la plupart originaires de la moyenne Guinée, qui tentent aussi d’occuper le terrain électoral du côté de Labé, de Tougué etc, quels sont vos rapports avec ces gens ? 

Non, je n’ai pas de rapport directe avec Dr Saliou Bela que je connais très bien mais je suis en rapport avec les populations à la base et c’est cela que je suis en train davantage de m’appesantir. Ce qui est important, ce n’est pas des alliances au sommet, ce qui est important c’est le partage d’une dynamique ou d’une vision de la Guinée d’une autre façon de faire par les populations à la base, parce que nous sommes en train d’une manière ou d’une autre de reconstruire ou de construire les nouveaux espaces politiques pour demain.

M. Bah, des radios fermées pour les faits de non payement des redevances, des journalistes bastonnés ou trimballés en justice, faut-il s’alarmer selon vous sur l’état de la liberté de la presse en Guinée ? 

Je pense qu’il faut, pour tout ce qui concerne le droit des populations, les droits de l’homme, la question de la liberté d’expression, être toujours très vigilant, y a des facettes rétrogrades qui ne souhaitent pas ou qui ont des réflexes que les situations antérieures, ils les préfèrent. Nous sommes dans un contexte mondial où les valeurs que nous considérons comme des valeurs définitivement acquises sont remises en cause un peu partout à travers le monde. Un journaliste soit assassiné, il ne faut pas que les journalistes fassent comme si c’est un fait divers banal, parce que ce qui arrive à l’un peut arriver à l’autre. La presse doit faire aussi une preuve de plus de responsabilité, y a des questions éthiques, des questions déontologiques qui doivent être permanemment insufflées, pour ne pas qu’ils croient que lorsque je suis devant une radio je peux me permettre de dire tout ce que je veux et je peux me permettre de critiquer quiconque, n’importe comment, non, il y a des limites lorsque vous vous exprimiez sur la place publique, ça c’est valable aussi pour les journalistes, aussi bien pour l’homme politique parce que le privilège comme dit l’autre de la parole publique. Donc il faut gérer cela avec responsabilité.

Une synthèse de Baldé Mamadou Alpha (L’indépendant)

 

 

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