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Ousmane Kaba se livre: « le ministère de l’Administration fait de l’abus d’autorité et de pouvoir »

Le député Ousmane Kaba et leader du parti PADES égrène avec nous l’actualité politique, économique et sociale de la Guinée. Depuis son exclusion sans explication du RPG arc en ciel, l’implantation du parti PADES, sa tournée en Haute Guinée, une éventuelle alliance du PADES, le courrier du ministère de l’administration…il dit tout. 

Bonsoir Docteur Kaba

Pour commencer comment se porte le PADES?

Ousmane Kaba : Le PADES se porte très  bien. Il y a beaucoup d’adhésion réellement sur toute l’étendue du territoire national. C’est ce qui nous réconforte et qui prouve à suffisance que c’est une bonne opportunité pour les Guinéens de s’exprimer.  C’est un parti qui offre un cadre nouveau, aux Guinéens qui sont souvent blasés du monde politique.

Vous revenez d’une tournée en Haute Guinée, comment s’est-elle passée?

La tournée s’est passée très bien.Partout, nous avons été très bien reçus. Ce qui veut dire qu’il y avait une certaine attente de la population. Nous avons identifiez des problèmes majeurs, notamment des problèmes d’infrastructures. Les populations ont été frappées par le fait qu’il n y a pas eu de route dans ces zones alors que s’était l’uns des points forts des campagnes présidentielles de 2010 et 2015. Les populations se rendent comptent que, bientôt la fin du second mandat (rire) et qu’elles n’ont pas bénéficié des infrastructures promises.

Egalement un deuxième point important, c’est que les jeunes n’ont pas d’emploi. Donc il y a une revendication sociale, sur ce point précis. Moi je n’ai pas manqué d’expliquer à ces populations que ces problèmes posés sont des problèmes de toute la Guinée en réalité. Par ce que les gens ont l’impression que se sont eux seulement qui sont les oubliésdu système actuel.

Comment se passe l’implantation du PADES à l’intérieur du pays?

Je dois dire que ça se passe avec beaucoup d’enthousiasme. Un peu partout, lorsque les populations prennent connaissance de l’existence du PADES, les missions se sont succédées dans différentes zones.Ce que je constate, c’est que ce sont les personnes elles-mêmes qui s’organisent, pour former les différentes structures sur place et nous envoyons des gens valider ces structures sur place.

Dans combien de préfectures êtes-vous implantés?

Là où moi j’ai été, c’est dans les préfectures de Kouroussa, Kankan, de Siguri, et la zone qui est à cheval entre Kouroussa et Dabola, le Woulada. Voilà tout ce périmètre que j’ai balayé sans compter  Kérouané et Banankoro ainsi que Mandiana. Par contre, le PADES c’est sur toute l’étendue du territoire national. Nous sommes entrain de valider beaucoup de bureaux à Labé, Lélouma, Pita, Dalaba  et nous sommes entrain de nous installer sur la Basse Côte. A Conakry, il y a beaucoup de bureaux qui sont entrain d’être validés, en forêt également. Mais moi-même je constate que les deux zones les plus dynamiques dans l’installation des structures du PADES c’est la Haute Guinée et le Foutah.

Est-ce que vous compter vous rendre dans ces zones avant la tenues des élections locales ?

Ce qui est sûr, c’est que j’irais au Foutah mais je ne peux pas vous dire à quelle date précise.  C’est certain que je ferais le tour de la Guinée. J’ai beaucoup de militants au Fouta et c’est mon pays il faut que j’y aille. C’est une priorité pour moi. Les jeunes commencent à trouver des réponses au PADES.

Il y a une alliance en gestation, on apprend que le PADES est membre. Pouvez-vous nous en dire plus ?

Vous avez bien fait de dire alliance en gestation par ce qu’il n’y a pas d’alliance pour le moment. Nous avons fait une première réunion. C’était pour prendre connaissance, de l’objectif d’une éventuelle alliance. C’est une réunion qui a duré 15 à 20 minutes mais je constate qu’il y a eu énormément d’échos par ce que les gens ont vu les prémisses d’une 3ème force dans le pays. Vous savez, il y a des phénomènes que l’on ne prévoit pas. Je n’avais jamais pensé qu’une réunion d’une dizaine de minutes, allait avoir autant d’impacts. Surtout que l’alliance n’est même pas encore formée. Cela signifie, qu’il y a une attente des populations Guinéennes, et que les Guinéens veulent voir la bipolarisation de la vie politique changer. Qu’on n’ait pas seulement ces deux pôles, qui sont entrain de monopoliser la vie politique autour du RPG arc en ciel et de l’UFDG.  Les Guinéens ont envie d’avoir un autre groupe en face, qui pourra faire des propositions pour l’avenir de ce pays.

La CENI a donné la date du 4 février 2018 pour la tenue des élections locales, est ce que vous y croyez ?

Ce que je sais, c’est que dans le passé, il y a eu beaucoup de dates glissantes. Mais contrairement à ce que la plupart des gens pensent, qu’il s’agit de l’impréparation de la CENI sur le plan technique, moi j’ai toujours pensé que la Guinée est un petit pays même à l’échelle de l’Afrique et que préparer des élections n’est pas si compliqué que cela. Le vrai problème, c’est le financement. Chaque fois les budgets sont votés mais la mise à disposition des fonds se fait avec beaucoup de retards. Cela découle simplement, du fait qu’il n’y a pas de volonté politique, de respecter les dates constitutionnelles. C’est très bien de dire que la CENI est une structure indépendante mais si la CENI n’a pas les moyens de sa politique et qu’elle doit travailler avec des dotations budgétaires, c’est là à mon avis qu’il y a le problème. Chaque fois que la mise à disposition des fonds retarde, le calendrier de la CENI glisse. Et aujourd’hui, sur les 300 milliards qui étaient prévus pour l’organisation des élections locales, il n’y a que 90 milliards qui sont mises à disposition. Voilà. Alors dites-moi si la CENI va respecter la date, je vous direz plutôt si les finances vont mettre l’argent à la disposition de la CENI à temps (rire).

Lors de la session rectificative de la loi des finances, un montant avait été octroyé à la CENI. Est-ce qu’il y aura un débat dans ce sens ?

J’espère bien. C’est aujourd’hui (mercredi, 1er novembre, NDLR) qu’on a reçu la nouvelle loi des finances 2018 et au moment où je vous parle le ministre des Finances et le gouverneur de la Banque Centrale vont présenter ce projet à l’Assemblée nationale.

La session budgétaire s’est ouverte le 05 octobre, comment vous l’abordez ?

D’abord la session, elle a été juste formellement ouverte, mais jusqu’à présent nous n’avons pas commencé à travailler, on n’a perdu un mois.

Pour quelle raison ?

Parce que les documents n’avaient pas été déposés par le gouvernement. Le gouvernement vient d‘envoyer ce projet de loi des finances 2018, il y a juste 24 heures. A l’heure où je vous parle le gouvernement est en train de présenter ce projet, c’est pour vous dire que le travail a commencé avec beaucoup de retard, mais cela ne nous empêche pas, nous aurons suffisamment  de temps pour discuter de l’essentiel du budget.

Comment vous analysez la gouvernance actuelle ?

Je pense qu’elle n’est pas bonne. C’est la raison pour laquelle nous avons créé le PADES (sourire). Il y a eu des reformes dans beaucoup des secteurs, pour la plupart ces reformes étaient mal préparées et on n’est pas sûr qu’on aura les résultats qui soientescomptés.

On apprend que le ministre de l’Administration du territoire vous a adressé un courrier pour vous signifier que votre parti n’est pas légal est ce vrai ? 

C’est vrai, mais je pense qu’il y a eu violation de la loi. La constitution garantit à tous les citoyens guinéens la liberté d’association et la liberté d’organisation, de participation aux activités politique, économique et sociale dans notre pays. C’est l’article 10 de la constitution qui le dit. Nous avons constaté que le ministère de l’Administration est en train de faire de l’abus d’autorité et de pouvoir et que son comportement n’est pas du tout conforme à la loi. Mais heureusement qu’il y a des recours, puisqu’il y a la Cour suprême, la Cour constitutionnelle, et il y a l’institution nationale des droits humains. Vous savez qu’en 2010, avec les amis nous avions crée le parti PLUS, trois mois après on n’a pu participer à l’élection présidentielle.  Entre les deux tours nous avons initié l’alliance ARC-EN-CIEL pour aider le candidat Alpha Condé à accéder à la magistrature suprême. Nous avons eu du succès puisque de 18% cette alliance a pu aider le professeur à avoir 52% et à être Président de la République. Et en 2012, dans un souci de stabilité politique, nous avons fait une fusion de plusieurs partis pour créer le RPG-ARC-EN-CIEL. 38 partis politiques se sont donnés rendez-vous pour Fusionner dont le parti PLUS et le RPG lui même pour donner le RGP-ARC-EN-CIEL. A ce stade il est important de dire que beaucoup d’autres ont refusé ce que nous-nous avons accepté, sans doute par naïveté et la croyance en la parole donnée.

C’est la veut dire que vous regrettez  aujourd’hui?

Absolument. Vous savez la situation dans laquelle on est (rire). En 2016 nous avons eu des divergences avec le Président de la République qui avait tenu de discours à connotation ethnique, ce que nous- nous avons condamné. Nous avons subis des représailles, puisque d’abord nous avons été exclus du RPG-ARC-EN-CIEL, dont nous sommes fondateurs (rire), sans même demander d’explications. Nous étions trois signataires de la lettre de contestation dont deux du RPG-ARC-EN-CIEL, tandis que l’autre a été écouté et réintégré moi j’ai été directement expulsé du parti sans ménagement, en contradiction avec les règles internes du parti. Deuxième élément, nous avons été évincés de nos postes de responsabilité à l’Assemblée nationale, puisque j’étais le président de la commission économique. Troisièmement nous avons été  évincés du poste de représentant de notre Assemblée nationale, donc du député au parlement conjoint Afrique-Caraïbe, Union européenne-ACP.

Un an après, devant la faillite de la gouvernance actuelle, devant un espace politique qui a un besoin de renouveau,c’est ce qui nous a emmener pour dire on va créer un nouveau Parti.

L’enseignement supérieur a orienté tous les nouveaux étudiants dans les universités publiques. Est-ce que cela a eu une incidence sur les institutions privées ?

Bien sûr que ça eu des incidences sur toutes les universités privées. Puisque les universités privées avaient l’habitude d’avoir un flux d’étudiants qui va diminuer de manière dramatique. C’est évident ! Mais le problème il est plus complexe que cela. Je pense qu’il faut se rappeler : dans tous les autres pays, nous avons le même problème. L’Etat n’est pas capable d’offrir suffisamment d’infrastructures pour permettre l’éducation de tous les étudiants. Parce que la population estudiantine explose dans tous les pays. Pour donner juste un exemple, cette année en Côte d’ivoire, il y’a eu plus de 100 milles bacheliers. Les universités publiques n’ont pu recueillir que 25%. Les ¾ ont été orientés dans les institutions privées. Or la Cote d’ivoire a énormément investi dans les universités publiques. Malgré cela elles ne peuvent accueillir que le ¼ des étudiants. C’est pour vous dire que le problème n’est pas  guinéen.

Malheureusement nous allons toujours à contre-courant de ce que font les autres. A contre-courant de la raison, tout court. L’année dernière déjà, l’Etat a orienté dans les universités publiques près de 30 milles étudiants alors que les structures ne permettent pas d’accueillir ces étudiants. A telle enseigne qu’ils n’avaient que deux jours de cours à moyenne par semaine. Ce qui est très peu. Cette année, ils ont pris le pari d’y envoyer tous les étudiants. Ça veut dire que la qualité de l’enseignement publique qui est déjà mauvaise va devenir médiocre. Beaucoup de gens n’avaient pas compris. On dit que les Universités privées ont pris l’Etat en otage, c’est l’inverse. Dans la mesure où en Guinée, tous les bacheliers sont boursiers. Ça veut dire que les universités privées n’ont pas de marché libre. Donc c’est ce qui se passe en Guinée depuis pas mal de temps.

Aujourd’hui quels sont les étudiants qui viennent s’inscrire chez nous ? C’est essentiellement les étudiants qui ont été orientés dans les universités publiques qui ne veulent pas s’y rendre. Parce qu’ils ont quelques moyens à se payer les universités privées. Et qui la qualité y est meilleure. En Guinée et ailleurs, les écoles privées donnent toujours les meilleurs cours que les écoles publiques.

La raison invoquée par le ministère de l’enseignement supérieur est que l’Etat dépense trop d’argent en envoyant les Etudiants dans le privé. N’a-t-il pas raison de rectifier ce tir s’il est avéré ?

D’abord, ce n’est pas correct. L’année dernière, le budget qui était alloué aux universités privées n’avait pas atteint les 150 milliards dans un budget de 914 milliards. Par différence, les universités privées dépensent moins de deux à trois fois que les universités publiques. J’insiste là-dessus parce que c’est ce qu’ils inculquent dans l’esprit des gens. Ce qui est faux. Maintenant cette année l’Etat n’a pas orienté d’étudiants dans les universités privées, on verra bien le résultat. En réalité, les universités publiques dépensent plus cher que les universités privées.

(….) jusqu’au moment où je vous parle, les universités privées n’ont pas de contrat avec l’Etat pour les Etudiants en licences 2 et 3. C’est-à-dire, ils ont fait la 1ère année, et la 2ème année sans contrat à plus forte raison de paiement. Nous sommes avec deux promotions dans les universités privées sans contrats. C’est vraiment un exemple de mauvaise fois de l’Etat.

Un autre exemple de mauvaise foi, l’année dernière l’Etat a dit qu’il y avait 32 milles fictifs dans les universités privées alors que l’ensemble des étudiants que l’Etat paie étaient de 25 milles. C’est vraiment le non sens total. Est-ce que c’est cela qu’on appelle des reformes ? Non !

Est-ce qu’on peut savoir combien l’Etat doit à votre université, Kofi Annan ?

Non, on ne peut pas le savoir. On ne peut le savoir qu’avec un contrat bien ficelé.

Que risquent ces étudiants de la licence 3 qui sont à la fin de leur formation cette année ? Est-ce qu’ils recevront leur diplôme ?

Le fait de n’avoir pas de contrat avec l’Etat, n’est pas la faute à eux. C’est dû à la mauvaise fois de l’Etat. Je pense dans un, deux à trois mois, on aura réglé ça puisque nous sommes en phase de discussions. Et nous continuons les discussions. Je constate d’ailleurs qu’il (le ministère de l’enseignement supérieur) nous écoute beaucoup mieux maintenant qu’avant parce qu’il n’y a plus de boursiers maintenant (rire).

Actualité oblige, une rumeur sur la santé du Président Alpha Condé a entrainé l’arrestation d’un responsable de média privée, et aux bastonnades des journalistes à l’escadron mobile de Matam. Votre réaction ?

Moi personnellement je n’étais pas au courant de cette rumeur. Je ne commente pas ça. Mais dans un pays, si on commence à bastonner les journalistes, il faut avoir peur. C’est très mauvais pour le pays. Ce n’est pas une affaire de journalistes. C’est une affaire de la démocratie. Chaque fois qu’on veut bâillonner un pays, on s’en prend à la presse. Il n’y a pas de démocratie sans la presse. Lorsqu’il y a bastonnade de journalistes dans un pays, nous devons être inquiets. Ce n’est pas une solidarité d’une corporation mais c’est une solidarité du système lui-même. En Guinée, il y a des signes qui démontrent que ça ne va pas, aujourd’hui, nous avons la grève des avocats, nous avons des journalistes qui sont bastonnés, un parti (ndlr PADES) qu’on nie l’existence, des gens qui réclament leurs droits un peu partout. Tout ça, sont des signes qui vont ensemble.

Merci

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