vendredi 21 septembre 2018
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Labé: le président de la délégation spéciale dit tout sur la situation sociale et politique de la Guinée

Dans un entretien accordé à notre reporter, le président de la délégation spéciale de la commune de  Labé, El hadj Cellou Diallo commente l’actualité sociopolitique. Il profite pour fustiger les résultats catastrophiques des examens nationaux, et déplorer le comportement de la CENI.

Parlez-nous de la situation de Labé?

Elhadj Cellou Diallo: Moi, c’est bientôt 2 ans  que je suis le président de cette délégation. D’abord, pour ma première année, j’ai eu un satisfecit en me disant que mon travail est bon. Au-delà, j’ai continué toujours à travailler dans la commune. Donc nous avons travaillé dans la sincérité, vraiment on est félicité. Seulement moi je suis secrétaire fédéral d’un parti qui est l’UFDG. Mais la commune n’est pas politique, elle est administrative, c’est-à-dire la délégation est composée de beaucoup de partis. Donc, c’est pour cela que je ne peux pas faire la politique dans la commune. On fait l’administration. Celui qui veut faire la politique ira dans son siège, donc  dans la commune, il n’y a pas de politique. Evidemment, ce sont des gens des politiques qui sont dans la commune, mais c’est l’administration qui fonctionne ici.

Les taxis motos sont devenus aujourd’hui  des moyens de transports. Quelles dispositions avez-vous prises pour éviter les accidents?

Il y en a trop de taxis motos à Labé. Seulement, ils étaient très mal organisés. Lorsque je suis rentré en première position dans cette commune, j’ai trouvé que les taxis motos ne payaient rien à la commune. Donc, moi, je me  suis efforcé, je les ai convoqués, j’ai discuté avec eux, je dis bon maintenant je vais prendre des dispositions. Celui qui n’accepte pas ce qu’on organise ici, quitte la commune. Donc on s’est discuté jusqu’on s’est compris. Donc depuis que je suis là, les taxis motos payent leur droit à la commune.

Aujourd’hui, les routes sont impraticables à Labé. Il y a trop d’accidents de circulation dans la région. Est-ce que vous avez pris  des précautions?

C’est-à-dire la commune ne peut pas avoir des moyens pour réparer une route c’est très dur. Il n’y a pas des fonds pour  réparer une route, la commune ne peut pas le faire pourquoi? La commune ne dispose pas de beaucoup d’argent, et j’ai beaucoup de personnels a payé dans la commune, chaque mois. La garde communale est là, les travailleurs de l’insalubrité sont là, l’administration communale est là. Le seul camion que j’ai dans la commune,  c’est un vieux camion qui ne peut pas rester un mois sans être en panne. Je paye chaque  2 mois de pneus. Le gasoil, je débloque 5 millions pour évacuer les ordures dans cette commune.

C’est très dur. Je m’efforce bien, mais vraiment c’est trop pénible. On n’a pas les moyens de payer les gens ou bien de prendre des tracteurs pour dégager les choses dans la route. Les routes, c’est le gouvernement qui doit prendre en charge çà, et en même temps, la préfecture de Labé. Mais la commune ne peut pas parce que ce que je paye à la commune, c’est un peu trop. Et je n’ai pas d’autres possibilités, si ce n’est pas les droits de marchés, les droits de taxis motos et les gare-routières. Les gare-routières nous envoient de l’argent mais ce n’est pas beaucoup. La gare-routière et l’union des transports nous payent 7 millions 500.000 GNF. Qu’est-ce que ça rapporte à la commune, rien du tout.

Les immondices ont tué une dizaine de personnes à Conakry. Est-ce qu’à Labé les dispositions sont prises pour éviter de tels scénarii?

Chaque mois, ce que je paye pour enlever les saletés dans la commune, c’est 5 millions de gasoil pour amener les ordures aux dépotoirs, ce n’est pas une petite affaire. Il y a des gens encore que je dois payer chaque mois. J’ai treize travailleurs pour les salubrités, et chacun doit avoir 440.000 GF, chaque fin du mois. La garde communale a, à peu près au nombre de quinze chaque mois chacun aura 440.000 francs. Chaque mois je dois dépenser peut être sur les pneus de ce camion et à d’autres pannes encore. Des fois, le camion s’arrête comme ça pour le démarrer, il faut que je paye beaucoup d’argent encore pour ça.

Avec l’arrivée du nouveau président de la CENI, M. Salifou Kebe, est-ce qu’à votre avis, les choses vont bouger?

Vraiment l’affaire politique de ce pays c’est un peu difficile, pourquoi? D’abord la première CENI a mal travaillé, on ne comprend rien. En 2010, on a fait un délai de 4 mois pour prononcer les élections de celui qui a gagné. En 2015, c’était la même chose. On a dit seulement l’autre a gagné 52%. Nous, on ne connait pas. On ne peut pas vérifier les choses comme ça, ce n’est pas possible. Si la CENI fait son travail, ce qu’il doit faire chaque fois qu’on fasse des élections il y aura un second tour. Les premières élections de 2010, vous avez compris ce qui s’est passé? L’autre a 18%, l’autre 43%, comment peut-on quitter de 18% aller à 52% dans une telle situation, ce n’est pas possible. On a dit que seulement l’autre a gagné, tout le monde a accepté.

Est-ce qu’à votre avis, l’opposition est prête pour les élections prochaines?

Là-bas pour les élections prochaines, moi je ne suis pas sûr. Mais je ne vois pas comment les faire d’ici 2018. Ce n’est pas possible, c’est-à-dire on parle seulement. On fait des paroles, on parle de ceci et cela, mais ce que je vois ce n’est pas possible. L’opposition est prête, mais il faut qu’il y ait d’abord la transparence, sans la transparence il n’y aura pas  d’élection. C’est le gouvernement qui est chargé de faire des élections claires, ce n’est pas l’opposition. L’opposition peut contester les élections, c’est ce qu’elle peut faire et dire que c’est mal fait.

Si les opposants s’entendaient, il y aurait quelque chose de fiable dans les élections. Mais il y a certains responsables politiques qui veulent de l’argent, s’ils n’ont pas de l’argent pour eux, ça ne peut pas marcher. C’est pourquoi  certains s’évadent pour aller au parti Arc-en-ciel, c’est pour avoir de l’argent, il y a beaucoup de cas. Le Dr Saliou Bella était dans l’opposition, il a quitté. Il est allé à la mouvance, et tous les autres qui ont quitté tel que Bah Ousmane étaient les cadres de l’opposition. Ils n’ont pas eu honte de laisser l’opposition, aller à la mouvance. C’est pour une question d’argent. S’ils ont eu de l’argent  mais ça va finir, la conscience reste. Maintenant qu’est-ce qu’ils sont devenus aujourd’hui? Les Bah Ousmane, les Saliou Bella et tant d’autres, qu’est-ce qu’ils sont devenus? Rien. C’est-à-dire l’opposition n’est pas stable. Seul le chef de file de l’opposition est vraiment tranquille, il sait ce qu’il fait.

Les résultats des examens scolaires de cette année sont catastrophiques mais cela fait partie des réformes engagées par le gouvernement pour assainir le secteur de l’éducation. Votre appréciation?

Est-ce que vous ne connaissez pas qu’on a recruté que par affinité. Tous les enseignants qui ne sont pas dans la mouvance ne peuvent exercer. Les enseignants ont peur du pouvoir pour ne pas qu’on les licencie. Notre camarade qui est là, Laly parce qu’il est seulement Laly, il est de l’opposition, on l’à licencié. On ne le paye même  pas. La mouvance peut faire ça mais nous, on n’est pas d’accord avec eux. Les responsables pédagogiques, les directeurs qui sont là travaillent pour la mouvance, c’est-à-dire les enfants ne peuvent pas avoir une bonne éducation ici.

Avec l’annulation du scrutin au Kenya, est-ce un grand pas pour la démocratie en l’Afrique?

Les élections qui se sont passées au Burkina, au Kenya, ce sont des hommes braves qui sont là-bas, des révolutionnaires. Ce sont des hommes démocrates qui sont là-bas. C’est là-bas qu’il y a eu la vraie démocratie. Quand tu ne raisonnes pas, on t’enlève. Si le président  ne raisonne pas, il faut qu’il quitte, il laisse le pays parce que le pays n’est pas pour lui seul, c’est pour le monde. Tous les citoyens sont égaux dans ce pays. On n’a pas tenu compte de cela, tu es de telle ethnie ou tel parti, on te dénigre. On connait les peulhs qui ont été licenciés à Labé ici, il y en a beaucoup même à Conakry.

Votre mot de la fin

Si le Pr Alpha Condé avait bien géré le pays, il y aurait eu quelque chose. Mais aujourd’hui, regardez  de Conakry à Labé, jusqu’à Koundara, tout est dégradé. Il y a rien. On a amené des gens qui bouffent de l’argent, en disant qu’ils réparent la route de Labé-Mali, Labé-Tougué, il n’y a  rien eu. Prenez une voiture, aller jusqu’à la moitié de Tougué, vous allez voir qu’il n’y a rien. On n’a rien fait, on a simplement gâté la route, plus que ce qu’elle était. Ce que nous, nous voulons, c’est que le Chef de l’Etat comprenne que la Guinée ne l’appartient pas seul. La Guinée appartient à tous les Guinéens. Ce n’est pas lui seul qui peut être un Chef d’Etat, un autre encore peut être chef d’Etat. Même Dieu sait qu’il ne peut pas être Chef d’Etat éternellement,  ce n’est pas possible. Il doit quitter un jour, pas aujourd’hui ou demain,  mais un jour il va quitter.

(…) La responsabilité, c’est Dieu qui donne, ce n’est pas une personne. Mais quand on rentre dans le jeu il faut que la personne qui est élue sache qu’elle est élue pour tous les Guinéens.  Les responsables doivent savoir  vraiment que le pays est pour tous les Guinéens, pas pour une ethnie.

Aujourd’hui on peut compter la Guinée dans les derniers pays du monde. La Guinée n’est pas développée, c’est la population qui est développée par ce qu’elle a fait beaucoup d’investissements. Mais une maison n’est pas une richesse d’un pays.

Entretien réalisé par  Tidiane Diallo (L’Indépendant)/Guinée7

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