mercredi 17 octobre 2018
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Cuba: le sport, l’un des piliers de la «Revolución»

Dès son arrivée au pouvoir en 1959, Fidel Castro avait fait du sport l’un des éléments essentiels de son modèle de société. Grace à des plans d’envergure nationale, il incita la population à la pratique sportive et contribua à faire de son pays une véritable puissance sur l’échiquier olympique.

« Le sport est l’une des activités qui expriment le mieux la Révolution » déclarait Fidel Castro en 1974 à l’occasion de l’un de ses célèbres discours, un propos et une date qui ne sont pas anodins. Voilà alors quinze ans que le Lider Maximo a pris le pouvoir à Cuba et sa politique en faveur de la pratique sportive commence à porter ses fruits à l’échelle internationale. A l’image de l’Allemagne de l’Est, mais avec des techniques et des moyens sensiblement différents, Cuba a délibérément choisi le sport pour faire briller son étoile et mettre en avant les « bienfaits » de son système.

Deux ans plus tôt, aux J.O. de Munich 1972, l’Etat insulaire a remporté ses premières médailles d’or olympiques depuis 1904, le début d’une moisson qui va voir la petite nation caribéenne finir parmi les onze meilleures sur la scène olympique durant plus de trente ans, avec pour point d’orgue les J.O. de Barcelone en 1992 (cinquième derrière la CEI, les Etats-Unis, la RDA et la Chine) avec 31 médailles dont 14 en or (en 1980 Cuba avait fait encore mieux mais nombre de pays avaient boycotté les J.O. de Moscou). Après avoir glané seulement 17 médailles entre 1900 et 1972, songez que Cuba en a raflé 202 en l’espace de 45 ans, un véritable exploit pour un pays de seulement 11 millions d’habitants qui, de surcroît, a boycotté les J.O. de 1984 à Los Angeles mais aussi ceux de 1988 à Séoul.

Battre les Américains, le but ultime

« La grosse différence avec l’Allemagne de l’Est c’est que Castro s’intéressait terriblement au sport. Il a été un bon basketteur, il était très grand, 1,90 m. Et il s’intéressait aux sportifs de très près, c’était ses potes » rappelle au téléphone Benoît Heimermann. Cet ancien grand reporter à L’Equipe Magazine s’est rendu trois fois à Cuba dans les années 1990 et il en garde un souvenir marquant. « Dans aucun pays de l’Est, on a eu un dirigeant qui s’est autant intéressé au sport d’un point de vue personnel. Castro a vite compris que c’était un instrument de propagande mais, dans un premier temps, c’était d’abord son plaisir personnel ».

Un plaisir doublé d’un besoin aigu de compétition. « Là où l’on peut comparer avec l’Allemagne de l’Est, poursuit Benoît Heirmermann, c’est qu’il n‘y avait qu’un adversaire qui comptait vraiment pour Castro : c’étaient les Etats-Unis, alors que pour les Allemands de l’Est, il n’y avait que l’Allemagne de l’Ouest. Il fallait vraiment battre le voisin ! ». C’est donc en grande partie pour cette raison que les Cubains ont surtout développé des sports purement américains : le basket et le baseball bien sûr qui était déjà là auparavant mais aussi le volley-ball, un sport qui leur était totalement inconnu. Le summum fut atteint pour Fidel Castro lors des Jeux Panaméricains de La Havane en 1991 où les Cubains devancèrent les Américains au nombre de médailles d’or (140 à 130) puis en 1992 quand Cuba triompha des USA en demi-finale des Jeux olympiques à Barcelone, en route vers la médaille d’or. L’extase.

L’autre grande affaire, c’était évidemment la boxe. « La boxe, c’était impressionnant » se remémore Benoît Heirmermann. « La manière dont ils arrivaient à mobiliser une jeunesse entière alors que c’est quand même un sport très dur. Comme ils l’a pratiquaient en amateurs (3 fois 3 rounds NDLR), ils avaient plus de monde. En plus de ça, ils développaient une boxe très attrayante. La boxe cubaine a toujours été très esthétique ». Esthétique et terriblement efficace : 75 médailles dont 38 en or aux Jeux olympiques sous l’ère castriste avec en particulier l’exploit de Barcelone : 9 podiums sur 12 possibles et le souvenir de champions d’exception comme les poids lourd Téofilo Stevenson (1972, 1976, 1980) et Felix Savon(1992, 1992, 2000), chacun trois fois champion olympique consécutivement dans la catégorie reine.

En plus de l’aiguillon américain pour se motiver, le sport cubain bénéficia aussi de l’apport de techniciens venus du bloc soviétique, bien contents de venir exercer leurs talents sous des climats plus cléments qu’en Europe de l’Est. Derrière la boxe, c’est en effet l’athlétisme qui a apporté à Cuba le plus de podiums olympiques : 39 en tout avec, là encore, des athlètes qui sont devenus des légendes : Alberto Juantorena, seul homme à avoir tenté, et réussi, le doublé 400 m et 800 m à des J.O. (Montréal 1976) ou encore Javier Sotomayor qui détient toujours, depuis plus de vingt ans, les records du monde du saut en hauteur en plein air (2,45 m) et en salle (2,43 m).

Le sport pour le peuple

Autres originalités du sport sous Fidel Castro : le décret 83A bannissant dès 1962 le professionnalisme, d’où la fuite vers les Etats-Unis de dizaines de très bons joueurs de baseball qui ont fait ensuite les beaux jours des clubs américains. Et aussi la suppression, à partir de 1967, des droits d’entrée pour les compétitions afin de remplir les stades et de contenter le peuple qui pouvait rentrer gratis. Véritable vitrine à l’export et source d’immense fierté nationale à l’intérieur de l’île, le sport ne revêtait cependant pas de l’importance qu’au niveau de l’élite dans l’esprit de Fidel Castro, bien au contraire.

Dès 1961, il avait créé l’INDER, l’Institut national du sport, de l’éducation physique et des loisirs et mis en place un programme encourageant toute la population à la pratique sportive, y compris les handicapés : le plan national d’efficience physique. L’idée : insuffler à la population le goût de l’effort, le respect de la discipline et la productivité au travail, des vertus cardinales a fortiori sous une dictature. Comme tout est aussi affaire d’image, l’histoire retiendra que, ces dernières années, le Lider Maximo n’était apparu en public que vêtu d’un survêtement d’une célèbre marque à trois bandes. C’était certainement plus par confort personnel que par souci d’esthétique, mais c’était également cela, son originalité.

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