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Captain Moussa Dadis Camara (R), leader of the putschist camp, listens with lieutenant colonel Seko Bah Conate (L) on December 25, 2008 in Conakry at a meeting with Guinean Premier Ahmed Tidiane Souare who arrived today at an army camp near Conakry along with members of his government after being ordered to do so by the military junta. The junta, led by self-declared president Moussa Dadis Camara, issued an order late yesterday for all government members and top military brass to convene at the Alpha Yaya Diallo camp within 24 hours. AFP PHOTO / SEYLLOU (Photo credit should read SEYLLOU/AFP/Getty Images)

Après le massacre de 2009, voici comment Dadis Camara a développé sa défense

C’était il y a sept ans. Le 28 septembre 2009, à Conakry, un meeting de l’opposition allait tourner au drame. Des milliers de manifestants s’étaient rassemblés dans le stade de Conakry (pour dire « non » à une candidature à la présidentielle de Dadis Moussa Camara, alors chef de la junte) lorsque des militaires ont surgi puis ouvert le feu à l’arme automatique. Selon l’ONU, au moins 156 personnes ont été tuées et 109 femmes ont été violées, dont certaines ont été emmenées de force dans des camps militaires puis réduites en esclavage sexuel pendant des jours. Dans son rapport publié en décembre 2009, la Commission d’enquête des Nations unies dénonce un « crime contre l’humanité ».

■ Bousculé par la communauté internationale, l’ex chef de la junte a mis en place une stratégie, qui a évolué au fil du temps

Dans les heures et les jours qui suivent le drame, Moussa Dadis Camara s’exprime tous azimuts et livre une version assez confuse des événements et de son rôle dans la répression. Le soir même, sur RFI, il ne nie pas l’intervention de ses hommes, mais minimise, parle « d’accrochage », accuse les manifestants d’avoir été armés.

« Qui a tiré ? », il fait mine de s’interroger car, explique-t-il, il n’était pas au stade. Deux jours plus tard, toujours au micro de RFI, et alors que l’ampleur du massacre apparaît au grand jour et que les témoignages accablants contre les forces de l’ordre se multiplient, il insiste alors sur la totale indiscipline et la désorganisation de l’armée. « Ce qui s’est passé au stade, c’était incontrôlé ».

Parallèlement, le 9 octobre, au micro de Télé Sud, il accuse l’opposition d’avoir fomenté un scénario insurrectionnel sur le modèle du coup d’Etat qui a eu lieu quelques mois plus tôt à Madagascar, un complot dirigé par Alpha Condé, qualifié de « vicieux, méchant ».

Dans une interview qu’il accorde au magazine américain New Yorker, il va même jusqu’à accuser al-Qaïda d’avoir prêté main-forte aux militants de l’opposition, qu’il accuse d’être des « fondamentalistes » musulmans. Au reporter américain, il promet un DVD sur lequel on pourrait voir la présence de membres d’al-Qaïda armés, dans le stade le 28 septembre. Plus tard, un DVD est effectivement donné au reporter, mais il ne fonctionne pas.

Il tient sur ces positions quelques semaines, puis la pression internationale sur lui s’accentue. La CPI annonce l’ouverture d’un examen préliminaire. Le ministre français des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, soupçonne publiquement Dadis Camara d’avoir « participé à la décision » de la répression et des enquêteurs de l’ONU se rendent à Conakry. A ce moment-là, Dadis Camara prend-t-il peur ?

Toujours est-il que fin novembre, il change de cap pour désigner un seul et unique coupable : son aide de camp Toumba Diakité, qui aurait, selon lui, tout planifié sans l’en informer. Une version reprise en cœur, depuis, par la majorité des anciens de la junte. Lui aussi restera sur cette ligne de défense tout en l’étoffant peu à peu.

Aux juges guinéens venus l’auditionner à Ouagadougou en juillet 2015, il précise même avoir fondu en larmes en apprenant la trahison de Toumba Diakité et assure qu’il a envisagé de l’arrêter, mais qu’il aurait finalement renoncé face à la puissance de feu des hommes de Toumba et aux risques d’affrontements au sein des forces armées.

Sept ans après les faits, et six ans après le début de l’instruction menée par la justice guinéenne, plusieurs figures importantes de la junte sont inculpées, mais la procédure s’éternise et beaucoup de questions demeurent sur le procès à venir.

Avec Rfi

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