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Brésil : Dilma Rousseff ou le dernier combat de la guérillera

Elle a survécu à la torture sous la dictature, puis a vaincu un cancer. Mais cette fois, l’adversité était trop forte. Accusée d’avoir maquillé des comptes publics, Dilma Rousseff a été destituée.

On s’y attendait, mais c’est tout de même un coup de tonnerre : Dilma Rousseff, élue il y a six ans à la tête du Brésil, a été destituée. Le 31 août, au terme d’un procès de six jours, 60 sénateurs (contre 21) se sont prononcés en faveur de son départ. Jusqu’au bout, la flamboyante ex-guérillera, 68 ans, aura été combative. « Nous reviendrons, nous continuerons la lutte », a-t‑elle lancé à ses partisans après le verdict. La veille, dans un Sénat transformé en tribunal, la présidente a défendu son bilan quatorze heures durant.

Vaincue par un « coup d’État »

Elle savait pourtant sa chute inévitable. C’est donc aux Brésiliens plus qu’aux sénateurs qu’elle semblait s’adresser. « J’ai des défauts et j’ai commis des erreurs, mais on ne peut pas me reprocher d’être déloyale et lâche », a-t‑elle déclaré, visant Michel Temer, son ancien allié politique, devenu président par intérim. Celle qui fut une farouche opposante à la dictature (1964-1985), puis qui survécut à un cancer, s’est dite victime d’un « coup d’État ».

« Par deux fois j’ai vu la mort de près : quand j’ai été torturée pendant des jours [en 1970] par des gens qui vous font douter de l’humanité et du sens de la vie, et lorsqu’une maladie grave et extrêmement douloureuse aurait pu abréger mon existence. Aujourd’hui, la seule chose dont j’ai peur, c’est la mort de la démocratie », a expliqué Dilma, émue aux larmes.

Comptes maquillés

L’ex-présidente était accusée d’avoir eu recours à des « pédalages fiscaux ». Elle aurait fait supporter temporairement à des banques publiques des dépenses (10 milliards d’euros) incombant au gouvernement, afin de dissimuler l’ampleur du déficit budgétaire en pleine année électorale. « Je n’ai pas commis les crimes pour lesquels je suis injustement accusée », s’est-elle justifiée, en rappelant que cette méthode a été utilisée par tous ses prédécesseurs depuis la fin de la dictature. Selon le site Congresso em Foco, 17 gouverneurs ont usé de ce procédé cette année sans que cela n’émeuve personne.

C’est pourtant sous son dernier mandat qu’a éclaté l’affaire Petrobras, le plus grand scandale de corruption qu’ait connu le pays. Il a fait tomber des hommes politiques de tous bords. Parmi eux, l’ancien président Luiz Inácio Lula da Silva, icône du Parti des travailleurs, inculpé pour corruption et blanchiment d’argent.

Rousseff, elle, n’est à ce jour accusée ni de corruption ni d’enrichissement personnel alors qu’un tiers des sénateurs qui l’ont jugée en sont soupçonnés ou font l’objet d’enquêtes. Il n’empêche : les Brésiliens lui reprochent d’avoir fermé les yeux sur certaines pratiques alors qu’elle était présidente du conseil d’administration de Petrobras, entre 2003 et 2005.

L’héritière de Lula face à la crise

Fille d’un avocat bulgare, économiste de formation, Rousseff avait été mise sur orbite par son mentor, l’ex-président Lula, qui l’avait nommée ministre des Mines et de l’Énergie. Elle lui avait succédé en janvier 2011, bénéficiant de son soutien et de son immense popularité.

Car Lula, l’ancien ouvrier métallurgiste, a fait sortir 40 millions de Brésiliens de la misère. Il a fait entrer les Noirs et les Indiens à l’université, et a su redonner une certaine dignité aux pauvres dans un pays où les inégalités sociales sont criantes. À l’époque, le Brésil affichait une croissance de plus de 7 %, dopée par la consommation et la découverte de pétrole. Rousseff a poursuivi cette politique, mais dans une conjoncture économique défavorable et sans l’appui du Congrès.

La chute du cours du brut, la réduction des importations chinoises et le manque d’investissements dans l’industrie ont fait plonger le Brésil dans une grave crise économique. Le très libéral Michel Temer, lui-même cité dans l’affaire Petrobras, compte s’y attaquer : « J’espère que nous remettrons le pays sur les rails de la croissance, pour que nous puissions partir dans deux ans et quatre mois sous les applaudissements du peuple », a déclaré le nouveau président, 75 ans, lors de son premier Conseil des ministres. En attendant, il devra affronter les manifestants qui l’attendent aux cris de « Fora Temer! » (« dégage, Temer ! »). Rahabi Ka, à Rio de Janeiro.

JA

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