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Gabon : cinq morts dans des heurts, 27 opposants toujours retenus au QG de Jean Ping

Une nouvelle journée de tensions s’annonce au Gabon. Alors que deux personnes ont été tuées dans la nuit de jeudi à vendredi à Libreville, 27 opposants sont toujours retenus au quartier général de Jean Ping. Ils en appellent désormais à Ban Ki-moon.

Bekam Ella Edzang, étudiant en droit de 27 ans, est décédé vendredi matin des suites d’une blessure par balle après avoir été opéré à la polyclinique Chambrier dans le quartier de Montagne Sainte, rapporte l’AFP. Selon son ami d’enfance, il a été blessé jeudi soir par la garde républicaine.

Au moins cinq morts à Libreville

Dans le quartier de Nzeng Ayong, le corps d’un homme né en 1986 était par ailleurs emmené vendredi matin en procession par des dizaines de manifestants, enroulé dans le drapeau du Gabon. Selon une femme se présentant comme sa mère, il a été tué jeudi soir alors qu’il était assis devant chez lui, selon un journaliste de l’Agence France Presse.

Ces nouvelles victimes portent à cinq le nombre de personnes mortes dans les manifestations et émeutes depuis l’annonce de la victoire contestée d’Ali Bongo Ondimba à la présentielle du 27 août.

Si Alain-Claude Bilie-Bye-Nze, porte-parole du gouvernement gabonais et d’Ali Bongo a confirmé ces deux morts, il a en revanche réfuté au micro de BFMTVtout tir à balles réelles venant des forces de l’ordre.

Les forces de l’ordre ont quant à elles été blessées par des tirs à balles réelles

27 opposants « séquestrés »

Du côté du QG de Jean Ping, la situation restait inchangée vendredi en milieu de matinée : 27 opposants y sont toujours retenus par les forces de l’ordre. Jean Ping avait quant à lui pu quitter les lieux avant l’assaut donné dans la nuit de mercredi à jeudi 1er septembre.

Parmi les personnes empêchées de quitter les lieux, plusieurs figures de l’opposition, dont Zacharie Myboto, président de l’Union nationale (UN, opposition), sa fille Chantal Myboto-Gondjout, son mari Paul-Marie Gondjout, vice-président de l’UN, l’ancien vice-président de la République, Didjob Ding Duvungui, mais aussi René Ndemezo’o Obiang, ancien ministre d’Ali Bongo passé dans le camp de l’opposition.

« Nous sommes séquestrés »

« Nous sommes séquestrés par les forces de l’ordre et empêchés de quitter le QG de Jean Ping depuis la nuit de mercredi », témoigne Paul-Marie Gondjout, contacté par Jeune Afrique vendredi matin.« Nous avons passé la nuit dehors, sur le parking du QG », poursuit-il, précisant qu’une personne souffrant de diabète et d’hypertension et n’ayant pas pu prendre ses médicaments nécessitait une intervention médicale.

« On ne nous a rien dit sur ce qui nous est reproché. Hier [jeudi 1er septembre] les gendarmes nous ont dit que nous serions amenés au poste de Gros bouquet pour être entendus, mais depuis nous n’avons pas bougé alors que nous avons formellement demandé à regagner nos domiciles », explique René Ndemezo’o Obiang, coordinateur de la campagne de Jean Ping, contacté vendredi matin parJeune Afrique.

Les 27 en appellent à Ban Ki-moon

Par l’intermédiaire de leur avocat français Éric Moutet, ces 27 personnalités de l’opposition ont lancé un appel adressé au secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon, aux présidents américain et français Barack Obama et François Hollande et à la cheffe de la diplomatie européenne, Federica Mogherini.

« Nous sommes parqués à l’extérieur comme du bétail, femmes et hommes. Certains d’entre nous ont un âge avancé et doivent prendre un traitement régulier », dénoncent ces opposants.

« Nous considérons cette attaque frontale et ces humiliations des principaux leaders de l’opposition comme une volonté du régime de masquer le hold-up électoral qui vient d’être commis », poursuit encore le texte envoyé à Jeune Afrique.

Une intervention « pour assurer la protection des personnes »

Alors que la capitale est toujours sous haute tension et qu’ « entre 600 et 800 interpellations » y ont lieu depuis mercredi, le ministère de l’Intérieur s’est fendu d’un communiqué jeudi pour « rétablir la vérité ».

« Les forces de l’ordre sont intervenues afin d’éviter le repli des assaillants vers le QG de M. Jean Ping. Les forces de sécurité ont mené l’assaut sur le lieu et l’ont sécurisé pour assurer la protection des personnes qui se trouvaient à l’intérieur du bâtiment et qui n’étaient pas toutes identifiées », précise le communiqué.

« Aucun hélicoptère n’a ouvert le feu durant l’opération de sécurisation du QG de Jean Ping », assure encore le communiqué du ministère, démentant également la présence de « milice » lors des opérations sécuritaires.

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