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Les dessous du retrait de Tullow de l’offshore guinéen

Comme nous vous l’annoncions en primeur dans une de nos dépêches précédentes, la britannique Tullow  (détenant 40% des actions) s’est retirée du consortium composé de l’américaine Hyperdynamics (35%) et de la sud coréenne Dana Petrolium (25%), une filiale de Korea National Oil Corporation pour l’exploitation de l’offshore guinéen sur une superficie de 18750 kilomètres carrés au large de la côte africaine. Ce retrait a été concrétisé par Tullow dans un courrier en date du 15 août 2016 et présenté aux officiels guinéens lors de la réunion du pacte des actionnaires qui a eu lieu à Conakry le 17 août dernier.

Mais comment en est-on arrivé là alors que la britannique Tullow était déterminée à aller de l’avant avec ce projet après avoir acquis 40% des actions dans le consortium, mais dans les conditions n’ont été officiellement élucidées par Hyperdynamics ni par l’Etat guinéen ?

Selon nos informations, le retrait de Tullow oil du consortium a ouvert un autre boulevard à Hyperdynamics de négocier avec la Guinée pour introduire un nouvel actionnaire en lieu et place de la junior britannique. Mais le malaise avec ça, c’est que Tullow se serait fait abuser par Hyperdynamics de façon très subtile et connaissant la moralité douteuse de certains cadres guinéens, il suffit de glisser quelques billets verts pour les faire fléchir. Et la direction générale de l’Office National des Pétroles (ONAP) au lieu de se focaliser sur les raisons profondes ayant poussé Tullow à plier bagage a signé ce dossier sans même connaître les précédents.

« Au départ, Hyperdynamics avait demandé à l’Etat guinéen de surseoir au contrat et même de ne pas le renouveler avec Tullow ce qui se soldait à son avantage. Il se murmurait que Tullow s’est retirée du consortium pour abus de confiance, mais cela n’a pas été prouvé par les tribunaux dans le rachat des parts lors de la création dudit consortium », nous précise une source proche du dossier.

Poursuivant, elle a déclaré :  » Après avoir acquis les 40% des actions, Tullow devait faire au moins deux forages avec la participation de Hyperdynamics dont la cote boursière est estimée à environ 10 millions de dollars américains. Or, pour forer un puits, ça coûte au moins un million de dollar américain par jour. Du fait que la britannique n’ait pas respecté son engagement conformément à la convention qui lie les différentes parties, l’Etat guinéen par l’entremise de la néophyte ONAP n’ayant aucune expérience en matière de négociation voudrait lui infliger une amende de 20 à 30 millions de USD pour bris d’engagement.  »

Interrogé  pour connaître certains détails opaques entourant ce dossier, le directeur de l’ONAP Djakaria Koulibaly n’a pas voulu commenter. Mais deux jours plus tard, il a sorti un communiqué diffusé par la présidence le 19 août 2016 annonçant la signature d’un protocole d’accord entre la Guinée et Hyperdynamics pour l’exploration de l’offshore guinéen jusqu’en septembre 2017 sans toucher du doigt au retrait de Tullow et la suite à donner à ce retrait.

 » En fait, il y a eu une totale incompréhension du fait du rachat des 40% par Tullow. Et le deal était qu’en phase d’exploitation, Tullow devait payer le montant correspondant à sa cote part, Hyperdynamics ses 35% et Dana Petrolum ses 25%. Mais Tullow n’ayant juste que 40% des actions a versé sa contribution pour l’exécution des travaux de forage et a demandé aux deux autres actionnaires de payer leur cote part à hauteur de leurs actions pour faire avancer le projet. Ce que les deux autres Hyperdynamics et Dana Petrolium n’ont pas voulu faire. Par manque de liquidité ? C’est à partir de là que les bisbilles ont commencé poussant Tullow à se retirer du consortium moyennant paiement d’un dollar symbolique. Car Hyperdinamic’s disant n’avoir rien reçu de la rétrocession des 40% de la part de Tullow (?) attendait le versement pour payer sa participation à la réalisation des opérations liées à l’exploration pétrolière. Bref, il y a trop de confusions au tour de ce dossier. Et dans l’état actuel des choses, Hyperdynamics qui a un problème de trésorerie doit alors revendre les parts de Tullow à un autre investisseur que les dirigeants de la compagnie ont déjà trouvée », affirme notre source proche du dossier.

Les lobbys et combines qui ont contribué à la signature du contrat de Hyperdynamics en Guinée.

De sources minières,  durant la transition entre 2009 et 2010, le gouvernement d’alors dirigé par feu Jean Marie Doré avait tout mis en œuvre pour rectifier la situation de notre offshore sur plusieurs fronts à la fois.

D’abord, à en croire ces sources minières, la validité du contrat initial de Hyperdynamics était clairement douteuse. Le doute planait non seulement sur le fait que le parlement guinéen au temps du feu général Lansana Conté avait étudié et refusé de ratifier le décret de la convention, mais aussi sur la validité même du contrat original que Hyperdynamics a racheté.

A l’époque, le ministère des Mines prônait l’annulation, mais la Primature soutenait le renouvellement ou le maintient de ce contrat. D’énormes pressions de lobbyistes tels que Herman Cohen, l’ancien sous secrétaire d’Etat américain et l’ancienne ambassadrice des États-Unis en Guinée, Patricia Moller avaient été exercées sur la Primature et de la Présidence, à l’époque de la junte militaire. Elles aussi, à leur tour, ont mis le ministère des Mines sous pression afin qu’il signe un contrat tel que proposé par Hyperdynamics. À ceux-ci, s’ajoutaient des militaires et civiles proéminents et influents de la transition qui furent mis à contribution pour intimider le ministère après plusieurs mois de discussions et de transactions. On comprend dès lors pourquoi l’ex ambassadrice des USA Patricia Moller est devenue membre du conseil d’administration de Hyperdynamics et c’est à ce titre qu’elle a participé à la réunion des 15, 16 et 17 août 2016 à Conakry. C’est cette réunion qui a abouti à la signature du protocole d’accord entre la Guinée et la junior américaine le 19 août 2016. Moller, lors de son séjour en Guinée a été reçue en audience par le président Alpha Condé dans le cadre de ce projet, nous informe-t-on.

 » Il faut savoir qu’en plus de Patricia Moller, le patron de Tullow était venu de Londres dans son jet privé pour finaliser la cession des actions de sa compagnie et repartir. Mais face à l’ampleur de la situation, il avait été empêché de retourner à Londres le même jour en sorte que ses représentants à Conakry étaient obligés de le trouver un hôtel de fortune afin de rester jusqu’à la fin des travaux « , affirme notre source ayant suivi de très près le dossier.

Ensuite, après la mise en place du gouvernement de 2010, le premier ministre Jean Marie Doré d’alors mit tout son support derrière la signature du contrat. Toutefois, a-t-on appris, le ministère des Mines refusa toujours et catégoriquement de signer ou de renouveler le contrat et engagea Maîtres Nicolas Bonnefois et Sokolov du cabinet Gides pour une revue du contrat visant à éliminer les closes léonines qu’il contenait pour le remettre au niveau des standards internationaux en vigueur à l’époque, nous rapporte-t-on. Mais face à la pression de la Primature, le ministère acceptâ de signer un avenant mais sans renouveler le contrat.

Et selon le document consulté, cet avenant réduisait immédiatement la superficie détenue par la société de 70%, jugeant inadmissible qu' »une société privée quelconque ne contrôle 100% du territoire maritime pétrolier d’une nation souveraine telle que la Guinée. D’autres closes rectifiaient d’autres abus mais surtout l’article 25 laissait la porte ouverte aux gouvernements suivants de continuer à améliorer les termes du contrat car ils estimaient même que cet avenant avait été signé sous pression. L’ex ministre des Mines, Mohamed Lamine Fofana, alors conseiller à la Primature chargé des questions minières était mandaté d’arrondir les angles entre le ministre Mahmoud Thiam et le PM Jean Marie Doré d’un côté et de l’autre entre le PM et Hyperdynamics.

En fin, selon toujours nos sources d’information, les 70% récupérés seraient reversés dans la carte offshore que WesternGeco avait optimisée pour le gouvernement. Cette nouvelle carte devait alors être utilisée pour finalement attirer des acteurs sérieux, compétents et capables de réaliser le projet sur notre territoire.

Aucun officiel de Hyperdynamics n’a voulu se prêter à nos questions. Un ancien employé de la boite a décliné nos sollicitations pour des raisons liées au secret professionnel, dit-il.

« Il faut savoir que Hyperdynamics n’ayant ni les moyens ni les compétences techniques d’explorer et de creuser en eaux profondes a limité tous ses efforts dans les zones plus faciles mais moins susceptibles de générer des découvertes. »

Par contre,  Mahmoud Thiam, l’ancien ministre des Mines et de la géologie a confirmé toutes ces informations avant de marteler en ces termes :  » Il faut savoir que Hyperdynamics n’ayant ni les moyens ni les compétences techniques d’explorer et de creuser en eaux profondes a limité tous ses efforts dans les zones plus faciles mais moins susceptibles de générer des découvertes.  Cette situation empêchait les compagnies pétrolières les plus qualifier de venir chez nous alors que grâce à elles, les découvertes se succédaient chez nos voisins.  Il est surprenant que la partie libérée avec tant d’efforts n’ait été mise sur les marchés au moment où le prix du pétrole était plus élevé (environ 125 USD le baril). Une statistique souvent citée par le ministre des Mines de l’époque était que la superficie des territoires offshores détenus par Hyperdynamics, une société quasi inexistante à l’échelle mondiale était plusieurs fois la taille des superficies sous le contrôle de Exxon, la plus grande société pétrolière du monde. La totalité de ce territoire était en Guinée. Et la totalité du territoire était entre les mains de cette société.  »

« En renouvelant avec cette société (Hyperdynamics), nous condamnons notre offshore à rester entre les mains d’amateurs qui seront les derniers à trouver les moyens financiers pour respecter leur engagement avec la Guinée. »

« En renouvelant avec cette société (Hyperdynamics), nous condamnons notre offshore à rester entre les mains d’amateurs qui seront les derniers à trouver les moyens financiers pour respecter leur engagement avec la Guinée. Pour illustration, 2 sociétés de taille les ont rejoints et se sont retirées (Tullow et Dana). Car, ni les données techniques de la zone qu’ils cherchent à développer ni la situation déplorable du marché du pétrole ne permettent à un acteur sérieux de rester dans un tel partenariat. Les engagements pris par la société ne seront pas respectés et le puits ne sera pas creusé ou celui qui le sera, sera sec comme le précédent car la zone n’est pas la bonne », esquisse l’ancien banquier de Manhattan, New York.

« Tant que cette société sera sur le territoire guinéen avec un contrat connu pour être intenable depuis tant d’années, les acteurs sérieux ne viendront pas sitôt et les zones prometteuses de notre offshore ne seront pas explorées. »

« Tant que cette société sera sur le territoire guinéen avec un contrat connu pour être intenable depuis tant d’années, les acteurs sérieux ne viendront pas sitôt et les zones prometteuses de notre offshore ne seront pas explorées. Lorsque les cours du pétrole remonteront et que l’engouement reprendra, les pays qui ont adopté des politiques rationnelles annonceront des découvertes et des débuts de production, nous laissant encore derrière « , déplore l’ancien ministre guinéen.

« Le Benin, la Sierra Leone, le Togo, Bissau déclareront très bientôt des découvertes alors que le Sénégal sera proche de rejoindre le Ghana dans la production », affirme-t-il.

Selon M. Thiam, « la présence de Hyperdynamics sur notre offshore et la nature de leur contrat ont eu un effet similaire au gel du secteur fer par Rio Tinto. A la différence que Rio avait les compétences et les moyens de développer sans en avoir l’intention. Hyperdynamics s’est assise sur 100% de nos eaux territoriales pendant une bonne dizaine d’années mais n’ayant les moyens d’explorer que les eaux non profondes, elle a bloqué l’accès aux blocs les plus prometteurs aux sociétés plus qualifiées. »

 » La Guinée doit rapidement passer de la phase de prospection au stade d’exploration active par des acteurs crédibles. Pour ce faire, il va falloir encore réduire les surfaces d’activités de Hyperdynamics.

« C’est ainsi dira l’ancien ministre des Mines que des découvertes à nos frontières avec certains de nos voisins correspondant à des blocs très prospectifs de notre cote n’ont jamais été explorés. Car la société s’est cantonnée dans les zones que ses faibles moyens lui permettaient d’attaquer. »

En guise de solution, l’ancien ministre propose :  » La Guinée doit rapidement passer de la phase de prospection au stade d’exploration active par des acteurs crédibles. Pour ce faire, il va falloir encore réduire les surfaces d’activités de Hyperdynamics. Offrir des blocs prospectifs, connus à des sociétés connues pour leur compétence et leur historique de découverte et de développement en Afrique. Limiter le nombre de blocs octroyés par ce moyen et créer de l’intérêt pour nos eaux. Lorsque les marchés se remettrons de la dépression actuelle, d’autres viendront, car ils seront attirés par la présence de ces premiers acteurs et, on l’espère, par les résultats encourageants de leurs travaux. Ces nouveaux venus viendront à des conditions plus rémunératrices pour la Guinée et les suivants encore plus…. »

Selon la presse internationale, en avril 2012 la junior américaine Hyperdynamics avait été accusée par ses actionnaires d’avoir fait de fausses annonces sur la découverte de l’offshore guinéen dont les résultats de prospection de sont avérés négatifs. Les investisseurs était très « déçus » de ces fausses annonces faites à leur endroit. Le patron de Hyperdynamics Ray Leonard était accusé d’avoir maquillé les choses, selon l’acte d’accusation cité par la presse.

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