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Pour Hillary Clinton, avec Bernie Sanders, l’union fait la force contre Trump

Hillary Clinton a accepté jeudi soir 28 juillet l’investiture de la convention démocrate pour la présidentielle de novembre prochain. Si son discours, comme le programme du parti, s’est voulu un contrepied des idées de son rival républicain Donald Trump, il était en revanche très l’influencé par la campagne à gauche de Bernie Sanders.

« Nous sommes plus forts ensemble ». C’est le leitmotiv d’Hillary Clinton et de son parti. Politique sociale, économie, politique étrangère… Dans tous les domaines, pour les démocrates, l’union fait la force. Et cela vaut évidemment pour le parti lui-même, traversé par de dangereuses divisions.

Alors tout au long de son discours d’investiture et du programme développé par la plateforme démocrate, Hillary Clinton n’a eu de cesse de marteler l’Amérique indivisible et unie de son parti contre celle, égocentrique et divisée, de Donald Trump. « Il veut nous séparer, du reste du monde, et les uns des autres », a affirmé la candidate désignée par le parti, appelant au contraire au rassemblement. « Je serai la présidente des démocrates, des républicains, des indépendants… ».

Et le parti d’Hillary Clinton de filer sans relâche une métaphore en forme de méthode Coué dans son programme. « Les démocrates croient que la coopération est préférable au conflit, que l’unité est préférable à la division, que la responsabilisation est préférable au ressentiment, et que les ponts sont préférables aux murs », assène la plateforme démocrate dans un préambule où le rival Trump, jamais nommé, est présent à chaque ligne.

« Nous avons le choix entre travailler ensemble ou nous affronter », a rappelé la candidate, qui fait désormais programme commun avec Bernie Sanders avec qui les échanges ont souvent été musclés et qui lui a longtemps tenu la dragée haute alors qu’elle semblait pourtant largement favorite de la primaire. Dans son discours, Hillary Clinton lui a rendu hommage : « Je veux remercier Bernie Sanders. Et vous qui l’avez soutenu, ici et à travers le pays, je veux que vous sachiez que je vous ai entendus. Votre cause est notre cause », a-t-elle promis, assurant que le pays avait besoin de « leur énergie et de leurs idées ». « Vous avez permis de mettre la justice et les enjeux sociaux au centre de la discussion, et c’est leur place », a-t-elle d’ailleurs avoué. Et il est vrai que les idées démocrates socialistes du sénateur du Vermont se sont taillé une bonne place dans le projet démocrate qui met l’accent sur l’emploi. Bernie Sanders s’était d’ailleurs félicité de l’adoption du programme « le plus progressiste de l’histoire du Parti démocrate ».

  • Justice sociale et emploi

Dès les premières lignes du préambule, ce sont ses accents de justice sociale qui résonnent. Et le programme de dénoncer le fait qu’1% de la population détient une part disproportionnée de la richesse américaine, un argument souvent entendu dans la bouche des partisans du mouvement Occupy Wall Street, proche du sénateur de Bernie Sanders.

Dans le détail des propositions du parti également, on sent que sa campagne acharnée n’a pas été vaine. Au centre de la « mission prioritaire » que la démocrate s’est fixée figure l’emploi et surtout l’emploi bien payé. Concernant l’augmentation du salaire minimum fédéral, par exemple, Hillary Clinton avait annoncé une hausse à 12 dollars. C’est finalement la proposition portée par Bernie Sanders et ses camarades qui l’emporte dans le programme démocrate : 15 dollars, soit plus du double du montant actuel (7,25 dollars). Jusqu’à présent, les efforts d’Obama pour relever le niveau ont toujours été contrés par le Sénat.

  • Gratuité des frais de scolarité

Dans son discours, Hillary Clinton a aussi annoncé qu’elle comptait charger Bernie Sanders de « travailler sur l’une de ses propositions phares : la gratuité des études » pour les classes moyennes. Si cette mesure était mise en place, ce serait une vraie révolution quand on sait qu’aux Etats-Unis les frais de scolarité universitaire peuvent atteindre les 30 000 euros par an et qu’environ 70% des étudiants diplômés en 2014 ont obtenu un prêt, s’endettant en moyenne à hauteur de 29 000 dollars. Là encore la campagne Sanders est passée par là : jusqu’à présent, Hillary Clinton avait proposé de limiter les frais de scolarité, sans envisager la gratuité.

  • Fermeté pour la finance

Mais les concessions faites au camp Sanders ne s’arrêtent pas là. Les démocrates proposent aussi une réforme du financement des campagnes. Et alors qu’Hillary Clinton a souvent essuyé les critiques les plus acerbes de Bernie Sanders pour sa proximité avec le monde de la finance, le programme démocrate affiche sa fermeté, promettant de « lutter contre la cupidité et l’inconscience de Wall Street ». « Les démocrates soutiendront les lois les plus dures et des peines civiles pour les délinquants de Wall Street », est-il écrit. Comme le programme républicain d’ailleurs, le projet démocrate prévoit de rétablir le Glass-Steagall Act, qui dresse un mur entre les banques d’investissement et les banques commerciales, en empêchant ces dernières de s’engager dans des investissements à haut risque. Mais la candidate s’est quant à elle jusqu’ici montrée plus prudente et n’a jamais repris cette proposition à son compte.

L’avenir dira si chez les démocrates, l’union avec Bernie Sanders fait aussi la force. Avec Donald Trump, en revanche, d’union il n’y aura pas. Au cours de son discours, comme dans le programme démocrate, le crédibilité présidentielle du candidat des républicains est sérieusement éreintée dans un contraste permanent. « N’allez surtout pas croire quelqu’un qui répète : « Je peux tout arranger tout seul », comme l’a déclaré Donald Trump à Cleveland la semaine dernière. Cela devrait tous nous inquiéter », a souligné Hillary Clinton. « Tout arranger seul, vraiment ? (…) Et nos militaires sur le front, et notre police qui court vers le danger, et nos docteurs et infirmières qui prennent soin de nous, nos enseignants qui changent des vies (…) Il nous oublie tous. »

  • L’espérance face au mur de Trump

Elle a aussi battu en brèche le discours apocalyptique délivré par l’homme d’affaires à la convention de Cleveland, préférant une vision d’espérance. « Donald Trump veut que nous ayons peur de l’avenir et que nous ayons peur les uns des autres. Mais nous n’avons pas peur. Nous relèverons les défis, comme nous l’avons toujours fait », a-t-elle lancé.

« Nous ne construirons pas de mur. A la place nous bâtirons une économie dans laquelle tous ceux qui veulent un emploi bien payé peuvent en trouver un ». Face au mur voulu par Donald Trump à la frontière mexicaine, la démocrate a dit vouloir régulariser les migrants qui contribuent déjà à l’économie du pays.

  • Politique étrangère

Plus fort ensemble aussi à l’international. « Nous ne bannirons aucune religion, nous travaillerons ensemble avec nos alliés pour combattre et mener le terrorisme à la défaite. » Le programme démocrate s’inscrit dans la suite de la politique étrangère menée par Barack Obama : combattre le groupe Etat islamique au sein d’une large coalition en Irak et en Syrie.

Hillary Clinton entre donc dans l’Histoire comme la première femme à pouvoir conquérir la Maison Blanche. Elle qui s’est toujours dit féministe s’est réjouie : « Ce soir, nous avons atteint une étape marquante dans le chemin de notre nation vers une union plus parfaite : la première fois qu’un grand parti désigne une femme pour être présidente. »

C’est sans doute sur les questions de société que le contraste avec le Parti républicain dont le programme a été qualifié de « plus conservateur de l’histoire moderne », est le plus frappant. Des sujets finalement peu abordés dans le discours de Philadelphie, peut-être parce que Clinton les considèrent comme une ligne de clivage infranchissable pour l’électorat américain.

  • Armes à feu et violences policières

La question sensible des armes a quand même été évoquée. Avec plus de 30 000 Américains tués par armes à feu chaque année, les démocrates veulent en finir avec « la dangereuse immunité légale » dont bénéficient les fabricants et les vendeurs. « Il est temps,explique la plateforme, d’adopter des mesures sensées pour lutter contre la violence par armes». Parmi celles-ci, le programme prévoit un élargissement et un renforcement des contrôles des antécédents des acheteurs et une loi pour limiter les ventes d’armes de guerre.

Alors que les violences policières envers les Noirs sont régulièrement au cœur de l’actualité, le Parti démocrate promet de s’attaquer au racisme. Le programme des démocrates qui inclut tout le monde et voit dans la différence « une promesse » et non un « obstacle », rappelle le texte de la plateforme, promet de « lutter pour mettre fin au racisme institutionnel et systémique dans (la) société (américaine) ».

  • Avortement

Le programme démocrate rappelle bien sûr son attachement au droit à l’avortement. « Nous croyons sans équivoque (…) que chaque femme devrait avoir accès à des services de santé reproductive de qualité, y compris à un avortement sûr et légal, où qu’elle vive, combien elle gagne ou comment elle est assurée. » Et la plateforme démocrate s’attache aussi à défendre les actions du Planning Familial, cible d’attaques des conservateurs.

  • Mariage gay

A l’inverse du programme républicain qui envisage de revenir sur cette décision, la plateforme démocrate salue le feu vert historique donné au mariage pour les couples de même sexe par la Cour suprême américaine en juin 2015 en appelant à continuer le travail contre les discriminations. « Les démocrates croient que les droits des LGBT sont des droits de l’homme et que la politique étrangère américaine devrait faire progresser la possibilité pour tous de vivre dans la dignité, la sécurité et le respect, sans regarder qui ils sont ou qui ils aiment. »

Hillary Clinton est désormais en route vers le rêve américain. « Je suis heureuse que ce jour soit enfin arrivé, heureuse pour les grand-mères et les petites filles et toutes celles qui sont entre les deux » d’avoir brisé le plafond de verre. « Je suis heureuse pour les garçons et les hommes aussi, car quand une barrière tombe pour quelques-uns en Amérique, le chemin est libre pour tous. Quand il n’y a plus de plafond, il n’y a plus de limite ».

RFI

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