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Kenya : des banques en pleine crise de confiance

Alors que trois établissements bancaire du Kenya ont été placés sous administration provisoire, la croissance rapide du secteur financier soulève des questions.

Le scénario nigérian de 2009, lorsqu’une crise avait secoué les banques du pays, serait-il en train de se reproduire au Kenya, dont le secteur financier est considéré comme l’un des plus dynamiques du continent ? Problèmes de liquidité, prêts cachés, guerre des actionnaires… Trois banques ont été placées sous administration provisoire au cours des dix derniers mois, laissant craindre de sérieux problèmes.

Série noire pour les banques kenyanes 

Tout a commencé en août 2015, lorsque les autorités financières ont fermé Dubai Bank (le plus petit établissement du pays, avec seulement 40 000 dollars de dépôts, soit environ 35 500 euros) après une série de scandales de gestion. La Banque centrale du Kenya avait alors déclaré que cette fermeture était liée à des « problèmes de liquidité » et au « manque de fonds propres ».

Mais c’est en octobre 2015 que l’inquiétude a commencé à gagner les déposants, avec la fermeture d’un deuxième établissement, Imperial Bank. Après la mort soudaine du directeur général de la banque, Abdulmalek Janmohamed, une escroquerie en cours depuis dix ans (avec des prêts non garantis et non autorisés) a été découverte, laissant un trou de quelque 300 millions de dollars dans les dépôts.

La Banque centrale a cherché à rassurer le marché en indiquant que cet établissement ne représentait que 1,8 % du secteur et que « cet incident ne posait aucun problème systémique ». Mais le mal était fait. La fermeture de la dix-septième banque du Kenya (par le total des actifs) avait déjà provoqué une petite mais significative ruée des clients vers leurs dépôts dans d’autres établissements de la place.

Parmi ceux-ci, Chase Bank a été particulièrement touché. Selon un responsable de la banque qui a requis l’anonymat, au plus fort de la crise, les clients retiraient jusqu’à 15 000 dollars par seconde via l’application mobile de l’établissement. S’est ensuivie une crise de liquidité qui a obligé la Banque centrale à placer Chase Bank sous administration provisoire, le 7 avril.

Kenya Commercial Bank, le leader du secteur, pourrait prendre le contrôle de Chase Bank.

Une mauvaise communication a empiré le problème, affirme Charles Gacheru, un homme d’affaires qui avait alors plus de 1 million de dollars en dépôt chez Chase Bank. « Tout le monde a menti ou dissimulé des informations, alors que ce dont nous avions besoin, c’était d’être rassurés, dit-il. Notre société avait émis seize chèques durant les deux jours qui ont précédé le 7 avril, vous pouvez donc imaginer le désordre auquel nous avons été confrontés lorsque cette annonce a été faite. »

Un controle plus intense

Quelques jours plus tard, la Banque centrale a néanmoins rouvert l’établissement au public, après en avoir confié la gestion au leader du secteur, Kenya Commercial Bank. Ce dernier mène actuellement un audit préalable à une éventuelle prise de contrôle ; il doit se prononcer avant la fin du mois.

Le Kenya compte 42 banques. Parmi elles, selon les analystes, une douzaine de petits prêteurs seraient à risque, car les déposants déplacent leurs actifs vers les plus grandes institutions. Par le passé, certains établissements de taille modeste ont eu du mal à gérer la croissance de leur clientèle. Le nombre de comptes de dépôt est ainsi passé de 18,9 millions à 31,6 millions entre juin 2013 et juin 2015, selon la Banque centrale.

Selon les analystes, une douzaine de petits prêteurs kényans seraient à risque.

L’origine de cette croissance remarquable remonte à 2003, lorsque le gouvernement du président Mwai Kibaki avait fait pression sur le secteur bancaire pour qu’il offre davantage de crédits afin de stimuler la croissance. L’économie avait certes progressé, mais le nombre de prêts non performants aussi.

Pour résoudre le problème des mauvais payeurs, le législateur a commencé à travailler en 2008 à l’élaboration d’un cadre juridique pour les bureaux de référence de crédit. En 2013, la Banque centrale a adopté une nouvelle série de directives prudentielles et de gestion des risques, remplaçant les précédentes, en vigueur depuis 2005.

Désormais, les banques doivent classer en « mauvais prêt » tous les comptes détenus par un emprunteur ayant fait défaut sur un prêt pendant plus de trois mois. Selon un connaisseur du secteur financier kényan, « les directives prudentielles de 2013 sont à l’origine de ce qui se passe aujourd’hui, notamment parce qu’elles ont élevé les exigences de fonds propres de base et renforcé l’obligation de divulgation de ces informations ».

Il faut dire que jusqu’alors la surveillance et la supervision étaient très laxistes, les anciens dirigeants de la Banque centrale ayant même été accusés de corruption. Des documents judiciaires déposés par des administrateurs d’Imperial Bank ont ainsi révélé des e-mails prouvant que feu Abdulmalek Janmohamed avait payé une visite dans un spa de luxe en Thaïlande à l’ancien patron de la Banque centrale, Njuguna Ndung’u, et à sa femme.

Nommé gouverneur en juin 2015, Patrick Ngugi Njoroge – surnommé « le moine » en raison de son dévouement à l’institution catholique Opus Dei – doit faire le ménage. Depuis sa prise de fonctions, cet homme réputé incorruptible essaie de rendre plus difficile pour les banques la possibilité de cacher les prêts non performants.

Après les récentes difficultés bancaires, il a annoncé l’ouverture d’une ligne de crédit à taux zéro pour les établissements ayant des problèmes de liquidité. Il s’agit d’une anesthésie avant la chirurgie, « pas d’un plan de sauvetage », affirme Patrick Ngugi Njoroge, sans divulguer le nombre de banques ayant utilisé cette ligne ni le montant total qui a été emprunté.

Que va-t-il se passer maintenant ? D’après les analystes, d’importants bouleversements sont à prévoir dans le secteur bancaire, à commencer, sans doute, par un mouvement de concentration.

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